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Ferdinand Mouangassa, NGANGA MAYALA, tragédie en trois actes, réalisé pour le compte de la Direction générale des Affaires culturelles à Brazzaville par éditions Clé, Yaoundé 1977.

 

Notes de Lecture.

 

Au comédien Ta Keta Nganga, formé par Sony Labou Tan'si, vie, santé,force.

Matondo, merci, au conservateur Ta Bouetoumoussa Maurice.

 

 

Personnages :

N'ganga Mayala : Roi

Louzolo : Reine

Lozi : fille aînée du Roi

Makaya : fils du Roi

M'bongolo : premier conseiller

Sita : jeune paysan

Matongo : Chef de terre

M'boulou : Chef de tribu

Samba : jeune tisserand

Minkengi (les soldats).

 

Les scènes se déroulent dans une salle du Palais

 

 

 

 

Mfumu na Mfumu, Nganga na Nganga

Chef pour Chef, savant pour Savant

Nganga na Nganga, Mfumu na Mfumu

Savant pour Savant, Chef pour Chef

Makwenda, Makwiza

Tout s'en va, tout revient

Makwiza, Makwenda

Tout revient, Tout s'en va

Na wa ku tuma zonza

Qui t'autorisa à parler ?

Lembo ni lembo

J'abdique

Na poo ! na yeko !

 

 

Acte 1 – Scène 1.

Le roi kongo Nganga Mayala veut réorganiser le conseil des Anciens dans son royaume. Les membres de cette assemblée issus de familles nobles s'opposent de façon récurrente au programme élaboré par le Roi et son premier conseiller M'bongolo pour le bien-être du peuple. Le dramaturge Ferdinand Mouangassa à travers la simple convocation d'un conseil par le Roi distille une certaine conception du pouvoir politique. Le fils du roi, Makaya pose du fil à retordre à son père. Comment justifier la monarchie où le pouvoir se transmet dans la famille royale de génération en génération et redouter les Hauts fonctionnaires du royaume ? Ceux-ci sont membres à vie de droit du Conseil. Selon le roi, c'est l'expression de sa crainte, l'usure, le temps et les honneurs peuvent faire d'eux des oligarques destinés à se cramponner au pouvoir. En vérité, deux sortes de lutte traversent le royaume Kongo. Une lutte de mvila, manuana ma nvila, est prégnante dans le royaume où les Moyo ou bungudi ou Binkuavi d'un même Nvila se disputent l'accession au trône royal. L'appartenance à un mvila, par exemple "Mbembe" est déterminée par la relation, "musi Mbembe". La non-appartenance à Mbembe est codifiée par le concept, "muana Mbembe". C'est le cas du fils du roi. Il est "muana mbuta". Le concept mvila n'a pas de traduction dans d'autres langues humaines que le kikongo. Interpréter mvila par tribu ne correspond à aucune réalité anthropologique kongo. Du Moyo de Mfumu Nganga Mayala et du moyo de Ta M'boulou peut naître une lutte de mvila pour l'accession au trône royal. Cette lutte de mvila a été traitée systématiquement par l'écrivain congolais Patrice Lhoni dans sa pièce de théâtre, Les Princes de Mbanza Kongo. Une lutte de classes, manuana ma nkunku, oppose les chefs de terre ou Bankuansi comme Ta Matongo contre les fils de paysans et des petits artisans, bisadi, comme Samba. Être chef de terre, Nkuansi, mfumu nsi, est un pouvoir politique, temporel, non dynastique. Par contre un chef de tribu, mfumu mpu, mieux un chef de mvila est un pouvoir politique intemporel transmissible d'oncle à Neveu. Il est d'essence matrilinéaire.C'est ce pouvoir intemporel, presque d'essence divine, détenu par le Roi Nganga Mayala, pour dissiper les inquiétudes de son fils Makaya.Il arrive que le deux pouvoirs coïncident et sont représentés par une même personnalité. Dans un village (gata), une ville (mbanza) où cohabitent les deux chefs, le chef de nvila représente toujours le vrai pouvoir,tandis que le chef de terre sert de haut fonctionnaire. Le système de gouvernement est presque une monarchie constitutionnelle. Dans cette lutte de classes, le Roi Nganga Mayala pour gouverner, chose rare, a choisi le camp du peuple opprimé et exploité. Dans notre exorde, nous avons déployé la formule de salutation des Nzonzi, quand ils pénètrent toute assemblée pour trancher des palabres, "mu zenga mambu" : Mfumu na Mfumu, Nganga na Nganga. Cette formule exhorte la division du travail entre chefs politiques et savants. Les Savants doivent décliner l'offre des hommes politiques pour servir de bonniche aux entreprises médiocres. Mais dans l'intitulé de sa pièce de théâtre, "Nganga Mayala", le dramaturge Mouangassa semble assigner au Roi les compétences d'un savant et d'un chef politique. C'est un Roi, mais pas n'importe lequel, un Roi éclairé, un roi savant. Au quotidien, le roi doit vaincre le vulgus peacum", que dis-je, la médiocrité. Il invite ainsi son fils Makaya à suivre son exemple, imiter ses compétences afin de se dévouer pour servir le peuple. Mais là-dessus, le Roi Nganga Mayala risque de déclencher une autre forme de lutte de classes. Il ne s'agit pas d'une lutte de mvila. En effet il n'est pas légitime dans le droit matrilinéaire kongo que son fils Makaya lui succède au pouvoir. Le fils du Roi appartient à la lignée (moyo) de sa mère. Seul le neveu du Roi hérite du trône royal détenu par son oncle. Si celui-ci détourne le capital économique accumulé dans le mvila, fondement du pouvoir politique, pour le céder à son fils, il y a naissance de classes. Donc les neveux peuvent dénoncer la situation de corruption et provoquer une lutte de classes légitime. Dans le conseil des Anciens, les jeunes ont été admis pour consolider les partisans du progrès contre les conservateurs. Le conseil des Anciens doit se renouveler tous les deux ans afin d'éviter l'oligarchie s'installer dans le royaume. Selon Platon dans la République VII et VIII, l'oligarchie est un régime politique dont les gouvernants sont désignés d'après leur fortune colossale. Les oligarques cumulent les activités agricoles, industrielles commerciales et militaires. Les oligarques ruminent comme devise : "Beto kua lua yizi tudisa ga ntoto nsi" (Vous autres les sans-fortune, demeurez des commis sur terre des oligarques). Comme l'oligarchie allume moralement tant de convoitises et d'avarice, par richochet elle sème la mauvaise gouvernance. 

 

à suivre.

 

 

 

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