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 J'ai rencontré Ornette Coleman pour la première fois pendant Paris Jazz à la Villette. Il est né à Fort Worth au Texas en 1930. Il vient de nous quitter ce 11 juin 2015 au moment où je découvre en topologie une autre définition d'un ensemble ouvert. Un ensemble est fermé s'il contient ses points d'accumulation. Un ensemble est ouvert s'il est exclu de ses points d'accumulation. Dans la topologie usuelle de l'ensemble des nombres réels, les nombres irrationnels ont été conçus dans l'ensemble des nombres rationnels par le biais des suites de Cauchy ou des coupures de Dedekind. Ils naissent dans l'ensemble des nombres irrationnels. Ces derniers sont donc exclus, rejetés pour prendre naissance dans l'ensemble des nombres réels. Il en est ainsi du Jazz, plus précisément du free-jazz. Car à l'intérieur du jazz il y a eu révolution contre le jazz des minorants swingers. La première période, appelée le swing, est une période d'assimilation. Les musiciens essaient d'amuser le public bourgeois, blanc en particulier. Duke Ellington, Louis Amstrong, Fats Waller, Art Tatum, etc. Dans son roman Banjo, Claude Mac Kay consacre un chapitre entier, "Jelly-Roll", au black entertainer (noir amuseur) : "Jouez, s'il vous plaît. Vous Américains ? J'aime beaucoup les Nègres jouer le jazz américain. Je les entends à Paris. Epatant ! "(1). Aimé Césaire :

 

" [...] Ou bien tout simplement comme on nous aime !Obscènes gaiement, très doudous de jazz sur leur excès d'ennuis". (Cahier d'un retour au pays natal).

 

Du Bebop. Le monde engendré par les Louis Amstrong, Duke Ellington, Art Tatum, Fats Waller, Count Basie, Sidney Bechet devenait de plus en plus trop petit pour contenir toute l'histoire de l'humanité née depuis l'Egypte antique..De la période d'assimilation, le Jazz va connaître une période de rupture, nommée période de la séparation. C'est le Bebop. Charlie Parker (saxo alto), Dizzy Dillespie (trompette), Thelonious Monk (piano), le batteur cubain Mongo Santamaria, Sarah Vaughan (chanson). Le Bebop est un style de jazz élaboré dans les années 1940 aux USA par des musiciens noirs comme Charlie Parker(saxophone) et Dizzy Gillepsie (trompette) ou Sarah Vaughan (voix scat), Thelonious Monk (piano) et bien d’autres. Les jazzmen réinterprètent sur un plan musical le rythme des coups de matraque assénés par un policier blanc sur la tête d’un Noir : " Bop, Bop !...Be bop!... "(6). Ramon "Mongo" Santamaria (7 avril 1917 à La Havane, Cuba - 1 février 2003) était un percussionniste de jazz latin afro cubain. Il est célèbre pour avoir composé le standard de jazz "Afro Blue," enregistré par John Coltrane parmi d'autres, le 7 décembre 1963 à San Francisco. La version du John Coltrane Quartet fut composée de William John Coltrane (Saxophoniste, 1926-1967), de Mc Coy Tyner (piano), James Emery Jimmy Garrison (Contrebassiste, 1934-1976), Elvin Jones Ray (Batteur). En 1950 Mongo Santamaria s'est déplacé à New York où il avait joué avec Perez Prado, Tito Puente, Cal Tjader, Fania All Stars, etc. Il était une figure intégrale dans la fusion de rythmes afro cubains avec le Rythm and Blue et le Soul, et surtout avec la naissance du Be-Bop ! Inéluctablement, le bebop est structuré autour de la discontinuité mélodique et rythmique. La section rythmique marque le tempo, la vitesse d'exécution de la musique. Batterie, contrebasse, piano, guitare. La section mélodique comporte des cuivres : trompette, clarinette, saxophone, etc. Entre le batteur de tambour et le saxophone, il y a comme une mésentente chaotique. Ipso facto, le bebop opère une rupture avec le swing, le jazz des vétérans devenus des amuseurs publics (7). Le bebop s’insurge contre le show-business et consolide des jam sessions pour militants expérimentés.

Free-Jazz. Puis rupture à l'intérieur du Bebop et naissance du Free-Jazz. Le bebop annonce le free-jazz. Une nouvelle génération applique le programme de Malcolm X. N'attendez pas que l'oppresseur prenne conscience de ses injustices pratiquées, fasse un acte de contrition. Vous attendrez longtemps. « Pensez par vous mêmes ». Un jazz des majorants est né : Thelonious Monk, Sun Ra au piano avec son Sun Ra Arkestra, Miles Davis, Charlie Parker, John Coltrane, Pharoah Sanders, le Sud Africain Dollar Brand (Abdullad Ibrahim) reconnu par ses pairs Noirs américains, Don Cherry, Arshie Sheep (saxo alto), Charles Mingus (contrebassiste), Cecil Taylor (pianiste), Abbey Lincoln, Coleman Hawkins au saxophone, Max Roach, Ornette Coleman, Art Ensemble of Chicago, Don Cherry (trompettiste), Charles Mingus, Archie Sheep, Abbey Lincoln, Michael Olatunji, Dollar Brand, Ahmad Jamal, Herbie Hancock, Randy Weston, Max Roach (batteur), Eric Dolphy, Milford Graves, Albert Ayler (saxo tenor), Anthony Braxton, Marion Brown, Art Ensemble of Chicago. Les Jazzmen vont inscrire l'histoire contemporaine de l'Amérique des années 1960 dans l'histoire du Jazz. La rupture ne sera pas politique, mais esthétique. Avec son complice Don Cherry à la trompette qu'il a rencontré en Californie en 1950, Ornette Coleman publie les six monuments du jazz : Something else (Contemporary M 3551), This is our music (Atlantic 1353), Change of the century (Atlantic1327),The shape of jazz to come, Free Jazz (1960), Tomorrow is the question. Son saxophone se situe dans le prolongement de Charlie Parker. Il n'est pas martial comme chez John Coltrane. Il n'est pas commercial (We now interrupt for a Commercial, Ornette Coleman, 1968). Toute leur interrogation porte sur la définition de leur musique, « the new music », « the music of Ornette Coleman», « This is our music ». La définition de la musique ne dépend pas de l'instrument pratiqué. Plusieurs explications concourent à la définition du free-jazz.Je peux situer l'essence du free-jazz, dans la relation dissymétrique entre le rythme et la mélodie. La section rythmique est incarnée par le batteur et la section mélodique est mieux rendue par le saxophoniste. En se déplaçant vers certaines origines africaines du jazz notamment chez les Kongo, Kngon retrouve un ensemble instrumental particulier composé de ngoma (tambour) et de mpungi (trompe). S'Il a fallu des siècles à la musique classique européenne pour s'étendre à toutes les nations du monde, le jazz américain, en moins d'un siècle, s'est imposé comme une musique d'avant-garde à tous les peuples de la terre. Le jazz est le manifeste de la modernité de l'homme.