L’ECHEC D’HEIDEGGER, par Pierre Nzonzi
1. Thebes or Athens: debates on the origins of the philosophy. Professor Grégoire Biyogo, teacher at the Omar Bongo university of Libreville (Gabun), under the influence of Cheik Anta Diop, supports the thesis according to which, the philosophy is of Egyptian origin. He published a work on this question, titled, Egyptian Origin of the philosophy. Pierre Nzonzi, Professor of philosophy in France from Congolese origin, free of any influence, supports an opposite thesis : ” I thus assert that the philosophy […] has its foundation in Greece “. Pierre Nzonzi reaches to this conclusion by deconstructing, in the text which we publish, the system of Heidegger. This last one, by trying to impose a Germanic foundation on the philosophy established without knowing it, that the philosophy is of Greek foundation. We ask to the reader to participate in this technical debate, remote from ideological quarrels, having read Pierre Nzonzi’s text.
1. Thèbes ou Athènes : Polémiques sur les origines de la philosophie.
Le professeur Grégoire Biyogo, enseignant à l’université Omar Bongo de Libreville (Gabon), dans la lignée de Cheikh Anta Diop, soutient la thèse selon laquelle, la philosophie est d’origine égyptienne. Il a publié un ouvrage sur cette question, intitulé, Origine égyptienne de la philosophie. Pierre Nzonzi, Professeur de philosophie en France, dégagé de toute influence, soutient une thèse contraire : “J’affirme donc que la philosophie [...] a son fondement en Grèce.” Pierre Nzonzi parvient à cette conclusion en déconstruisant, dans le texte que nous publions, le système d’Heidegger. Ce dernier, en tentant d’imposer un fondement germanique à la philosophie a établi sans le savoir, que la philosophie est d’essence grecque. Nous demandons au lecteur de participer à ce débat technique, éloigné des querelles idéologiques, après avoir lu le texte de Pierre Nzonzi.
2. Le texte de Pierre Nzonzi : L’échec d’Heidegger.
A ceux qui veulent encore entendre la voix de la philosophie. Celui qui regarde la philosophie de l’extérieur et observe en même temps la réalité aura le sentiment que la philosophie ne sert à rien, qu’elle n’a pas de sens. C’est là qu’elle est opposée à la technique et à la science, qui agissent sur le présent. C’est là une erreur. Mais cette erreur est nécessaire. Elle précise le sens de la philosophie, sa puissance et sa pertinence d’être et de persévérer dans le temps.
La philosophie est une oeuvre de l’homme pour l’homme. En tant que telle, elle a pour tâche de déterminer l’homme dans son être pour qu’il réside en lui-même. Ce soi-même n’est pas une génération spontanée. Elle émane d’un travail de transcendance. Pour rester soi-même, l’homme a besoin de la philosophie sans laquelle il redevient ce qu’il était auparavant, l’esclave de lui-même. Dès lors, la philosophie se caractérise comme ce qui accompagne l’homme, ce qui le maintient pour qu’il demeure ce qu’il est. Et, le philosophe, il faut le considérer comme l’ami de l’homme. Il est celui qui est là, à chaque instant auprès de lui. En oubliant cette vérité Heidegger a échoué. De même, les amis de l’homme, ceux qui comme Marx, Nietzsche et Freud ont proclamé la mort de Dieu, dans un monde où l’ignorance disparaîtrait ont commis l’erreur de ne pas saisir que la plupart des hommes vivent dans le ouï-dire. Ils se fient à ce qu’ils voient, entendent et touchent sans se troubler une fois dans leur vie. Ils estiment que leurs perceptions sont justes sans savoir qu’ils subissent la vie parce qu’ils se confient pour le reste au destin. Une minorité se tire d’affaire. Elle se détache de ceux-là et se dit que le destin doit être maîtrisé. Elle comprend, mais ne sait pas elle-même comment procéder. Elle s’imagine que la maîtrise du destin suppose la domination d’autrui. Cette minorité, souvent efficace se détermine en s’opposant aux hommes.
Nous entendons par hommes (ou simplement par l’homme, par la suite ), la plus grande partie de l’humanité, celle qui suscite la philosophie et la rend possible. Vient, en dernier lieu, la catégorie des hommes, celle qui comprend le pourquoi des choses, celle là, une petite poignée, qui s’efforce d’aimer l’homme, l’aider, le secourir, le transcender: le philosophe est l’ami de l’homme, il est le maître de l’amour, entendons par là, celui qui aime l’homme et qui est toujours auprès de lui.
Ces trois catégories d’hommes peuvent être éclairées. Les premiers, c’est l’ensemble des hommes ou simplement la foule, nous dirons l’homme ou les hommes. Les seconds sont les sophistes, ceux qui abusent l’homme pour leur propre intérêt. Et les derniers, les philosophes, sont les maîtres de l’amour.
En réalité, cette classification qui suppose la philosophie est déjà plus ancienne. Elle est métaphysique et relève de Platon lui-même. La classification politique, livrée par Platon dans La République ne concerne que de la cité idéale. Il ne faut pas confondre chez Platon, le maintenant qui apparaît comme un combat pour l’ami de l’homme et le devenir qui est le lieu où sied l’homme. Le lieu de l’homme ne se maintient que par ce que l’ami de l’homme donne. Mais malgré cette amitié, l’homme n’est pas l’égal de cet ami. Il ne suffit pas d’être l’ami de l’ami de l’homme pour être cet ami, contrairement à ce que pensait Aristote. Aristote aurait raison si nous entendons par amour l’attachement entre deux êtres, tel amour qui attachait La Boétie et Montaigne, Achile et Hector; cet amour suppose , il est vrai, une égalité. Mais l’amour dont il est question ici est d’une autre nature. Il n’est pas non plus celui qui permet à savoir ou le savoir de l’amour selon le mot d’Heidegger. Platon lui-même a laissé une belle exposition de cet amour.
Pourquoi les philosophes doivent-ils gouverner la cité? Cette question est de plus grande importance. Elle doit nécessiter un traitement plus profond parce que le plus souvent, elle suscite une réaction négative. Parce qu’on suppose simplement que c’est parce que les philosophes contemplent les vérités éternelles que le commun de mortels ne peut distinguer qu’ils doivent gouverner la cité, mais c’est parce que seul le philosophe est capable de garantir l’amitié de l’homme. Il est le seul à l’aimer, à être auprès de lui. Si une telle société était possible, l’homme n’aurait plus rien à craindre, car il atteindrait ce pourquoi il vit.
Ce que Kant a cru ce n’est pas ce que Platon a pensé. Le premier pensait à la division du travail et à la distinction des catégories qui émanent de cette division de travail. Le politique a son domaine l’action et le philosophe la liberté. Un politique par l’octroi d’un pouvoir qu’il exerce sur les choses et les hommes finit par se pervertir. Un philosophe avec un pouvoir multiplié se pervertira d’une manière ou d’une autre. C’est
pourquoi il avait considéré ne pas cautionner cette prétention de Platon qui place le philosophe au sommet de l’Etat.
Contrairement à Kant, c’est Harendt qui nous ouvre les yeux sur ce que dit Platon. Elle indique qu’il ne faut pas voir dans cette volonté d’accorder le pouvoir suprême de l’Etat au philosophe une perversion. Il s’agissait en effet pour Platon de la question la vie de l’homme. Si le plus sage des hommes a été anéanti par le politique, comment garantir la justice? Entendons ici comment l’homme peut-il mener une vie d’homme dans une cité injuste? Cette question émane de la passion de l’homme. C’est cette question que Platon a tenté de résoudre et qui indique la définition même du philosophe comme l’être qui a la passion pour l’homme. L’idée de justice chez Platon est tributaire de cette figure de l’homme recherchée par lui. La figure de l’homme surgira de cette réalisation de la justice. Pour être plus prêt de la vérité, il faut affirmer que la cité idéale est la réalisation du visage de l’homme.
Par visage, je n’entends pas l’énigme de l’humain en face duquel Dieu devient présence qui, chez Lévinas est le fondement de l’éthique, mais la forme même que déploie la philosophie qui rend l’homme à lui-même. De proche en proche, le philosophe, infatigable tire l’homme dans sa maison. Comme un idéal inscrit dans l’esprit de cet homme, qui chaque fois, à chaque moment observe comment pousser ce visage vers lui-même. Mais chaque fois, il se dérobe, glisse. Le philosophe, comme Sysiphe pousse la pierre le plus loin possible parce qu’elle retombe à une distance différente. Ainsi, l’homme est rendu beau, plus près de lui. La tâche fondamentale de la philosophe est donc la prise de ce visage dont la forme se trouve inscrit dans l’âme du philosophe. Est philosophe celui dont cette forme s’est posée d’elle-même. Platon parle d’une éducation du philosophe qui n’est autre que la reconnaissance de cette forme. Dans sa recherche qui le mène dans ses profondeurs, surgit cette intuition du visage de l’homme qui le pénètre et l’asservit. Désormais, plongé dans cette forme, le philosophe cherche et cherchera les moyens de la ramener à elle-même. Le philosophe est unique. Il est sa propre forme. Il est le même. Partout et nulle part, il n’a pas de lieu. Sa place est là où l’homme gît. De même, sa représentation est unique. Il n’y a pas des philosophies contrairement à ce que pense le sens commun. Il n’y a que la philosophie qui est philosophique. D’autres discours qui ne se reconnaissent pas dans cette forme ne peuvent être considérés comme philosophiques. La philosophie est sa propre forme. Ainsi donc on ne peut parler de philosophie de tel pays, telle tradition, tel peuple. La philosophe est elle-même. Considérée comme telle, elle est le discours de l’homme sur l’homme. Elle est le visage devenant forme. Elle est la forme du visage devenant homme. Elle est l’homme voulant se regarder lui-même. Elle est le face à face de l’homme sans transcendance.
On comprend pourquoi aujourd’hui la philosophie peine à retrouver son chemin. De plus en plus, elle s’écarte d’elle-même depuis la mort de Hegel malgré les efforts de Nietzsche et de Husserl. Les efforts d’ Heidegger s’inscrivent aussi dans cette même visée. Mais malheureusement, Heidegger qui comme Nietzsche trace son chemin à partir de la Grèce, plonge l’homme dans les ténèbres, alors que le second célèbre la vie et nous invite à tourner nos regards vers cette Antiquité prodigue, tandis que le second veut nous détourner de la Grèce et de Descartes chez qui il décèle l’effectivité du projet Grec, dans son jargon, ce qu’il entend par métaphysique. Heidegger au-delà de sa philosophie de la mort (situation de l’Etre), a tenté d’imposer un fondement germanique à la philosophie. Mais là encore sans le savoir, il a établi que la philosophie est d’essence grecque.
On s’aperçoit que c’est peine perdue de vouloir substituer à la Grèce un autre fondement. La philosophie dans son principe s’oppose radicalement à l’ethnocentrisme. Lorsqu’on parle de la philosophie grecque, médiévale, moderne, contemporaine ou encore lorsqu’on dit telle ou telle autre philosophie est anglaise, française, allemande, il s’agit en réalité que d’un abus de langage. On veut seulement désigner des modalités de penser qui surgissent à un moment de l’histoire de l’humanité ou chez un peuple pour des multiples raisons ( politiques, religieuses, esthétiques, économiques,etc…). Ces faits ne sont pas autres que des idéologies et le mot de Marx est juste lorsqu’il pointe une manière de penser allemande. De même Descartes parle d’une « philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles », pour désigner une façon de procéder dans la pensée. Parler d’idéologies et de fondement ce n’est pas la même chose parce qu’une manière de penser n’est pas la pensée elle-même.
J’affirme donc que la philosophie est ce par quoi l’homme s’identifie. Elle a son
fondement en Grèce. Aucun pays ni aucun peuple ne peut se réclamer de philosophique. La philosophie comme le soleil illumine la terre, elle est un humanisme. En ce sens donc, ceux qui veulent s’adonner à la philosophie doivent suivre les héros de la raison dont Descartes est la forme la plus accomplie selon Hegel. Autre chose est plaisanterie, baisse de l’homme ou romantisme.
Pierre NZONZI, Docteur en philosophie
Ah, ce grand maître de l’amour!
Je pense que les choses sont prises avec légèreté dans cet article, que ce soi pour Heidegger, Marx ou Descartes, j’ai soulevé cela dans mes articles posté dans mon blog: http://trib1.blogspot.com
La philosophie n’est que grecque ! Elle n’est allemande, ni Française ni congolaise; elle est grecque non pas en tant que région géographique, mais en tant que nouveau discours qui a commencé déjà dans la mythologie grecque ! C’est dans la tragédie grecque que se sont créés les premiers mots de la philosophie ! Ce n’est pas un privilège si la philosophie est grecque, c’est tout simplement un point de déclenchement presque accidentel; mais depuis lors, la philosophie est planétaire: Descartes, Rousseau, Kant, Heidegger …sont des patrimoines de toute l’humanité ! Et, puis, comment est-ce cette affirmation que la philosophie est humaniste ? Il ne s’agit pas d’échouer ou de réussir dans la philosophie, mais de problématiser son existence ! Cette interprétation incroyable de ce grand Heideggerien qu’est Foucault !
1. De la distorsion matinale de la formulation de la discussion.
Rien, à la vérité, ne prédisposait une discussion entre Nzonzi et moi, au sujet du problème si décisif de l’origine de la philosophie. En effet, mon article a été initialement une communication prononcée et publiée dans le cadre du colloque international Cheikh Anta Diop de 1996 à Dakar, sans la moindre allusion directe ou dérivée à ce philosophe qui, lui-même, a écrit un article, sans en référer davantage au mien, si j’en juge par ce qu’il m’a été donné de lire de son texte. Un malin génie a cependant voulu mettre ensemble ces deux textes en en opposant les thèses (dont l’une défend l’origine égyptienne de la philosophie, et l’autre grecque), sans au demeurant prendre la précaution de probité élémentaire d’exposer le mien, même de façon fragmentaire, je dirai même mutilée, afin d’en présenter les hypothèses de départ, la documentation, les arguments, les conclusions et les perspectives. En évoquant de la sorte à traits lents et éloignés mon texte, sans en produire « in extenso » la traduction initiale (”Thèbes ou Athènes ? Essai de résolution de la controverse sur l’origine de la philosophie”), ni le lecteur ordinaire, ni le spécialiste ni moi-même n’ont pu y accéder. Dans ces conditions, sur quelle base peut-on élaborer une querelle ? Il aurait fallu commencer par reproduire mon texte pour s’y risquer, pour s’y autoriser. Ce n’est pas le cas. En cela, les bases de la discussion sont dévoyées.
2. L’intérêt d’une discussion d’envergure internationale et ses conditions préliminaires
Pour autant, la question est importante aujourd’hui plus qu’hier, de savoir ce qu’il en est de l’origine de la philosophie. Et d’en débattre hic et nunc ne me paraît pas dénué d’intérêt, ni d’actualité, avec un philosophe de la qualité de Nzonzi, dont j’ai bien aimé entre autres le compte-rendu sur l’ouvrage d’Agossou, Hegel et la philosophie africaine, une lecture interprétative de la dialectique hégélienne (2001). Encore convient-il, me semble-t-il, avant toute chose, de régler trois problèmes préliminaires, sans lesquelles la discussion risquerait d’aller dans tous les sens, et donc de se solder par un relativisme faible, chaque partie reconduisant ses positions de départ. Au nombre de ces conditions, il y a d’abord un problème de définition. Peut-on s’accorder sur le principe que le commencement est radicalement distinct de l’origine ? Que l’origine est antérieure au commencement ? Et que la Grèce aurait tout au plus (re)commencé l’aventure philosophique dans sa phase laïque, sans qu’elle ait pu en être à l’origine ? Et que par conséquent, la Grèce, en cette hypothèse, selon la bonne foi et l’expertise des spécialistes, des exégètes professionnels, des hellénistes, des orientalistes, des égyptologues, des historiens de la philosophie et des sciences, ne peut que très difficilement être logiquement à l’origine de la philosophie. Elle ne peut inventer un discours dont elle reconnaît en même temps sinon l’existence antérieure, du moins les emprunts et les sources extérieures. Stricto sensu, le débat sur l’origine grecque de la philosophie est une incohérence logique. Les historiens de la philosophie sont à peu près tous d’accord dessus, même les hellénisants. A moins que l’on ne discute du type particulier de philosophie qu’invente la Grèce… Elle en commencerait alors l’histoire, sans en fournir l’origine. C’est en cela que l’on examinera patiemment et rigoureusement la pertinence ou non des théories et des positions invoquées. Les arguments de la conjonction des contextes économiques, politiques et scientifiques des paradigmes marxiens et althussériens, ceux nietzschéens de l’interférence de l’agonê, de la tragédie et des joutes philosophiques, ceux des maîtres de l’idéalisme absolu, de la phénoménologie et de l’ontologie (Hegel, Husserl et Heidegger), ceux de Popper et de Habermas n’indiquent-ils pas au mieux les raisons particulières de la naissance de la philosophie grecque Sans régler le problème des sources… Autrement dit, il convient de distinguer formellement l’idée de la naissance de la philosophie grecque et celle de la naissance de la philosophie en Grèce. De la même façon qu’il convient de distinguer radicalement l’origine égyptienne de la philosophie grecque de l’origine égyptienne de la philosophie tout court.
La seconde condition de clarification de la possibilité même de ce débat, est de surmonter le risque de l’incommensurabilité des discours et des paradigmes. Autrement dit, la question traitée ne peut être examinée correctement sans qu’elle soit inscrite dans le discours qui en commande l’origine, le statut et les enjeux. En l’occurrence, l’histoire de la philosophie, elle-même prenant appui sur l’histoire des sciences, l’hellénisme - voire l’orientalisme - et l’égyptologie. Aristote a dit quelque chose de pertinent pour prévenir l’argument de la confusion des genres. On ne peut débattre avec pertinence d’un problème de physique quantique qu’avec des arguments de physique quantique comme d’un problème d’économie monétaire avec des arguments d’économie monétaire. Le problème de l’origine de la philosophie, par sa technicité, la singularité de sa formulation, et l’aporéticité de ses controverses, exige d’être examiné à partir de l’histoire de la philosophie, et pose donc en priorité le problème des sources, de l’identification des corpus autorisés, des spécialistes et des ouvrages spécialisés, des théories et de l’état de la recherche…ceci implique que ceux qui débattent puissent s’accorder sur les sources, l’état de la question, l’évolution des résolutions du problème à partir de la Grèce comme de l’Egypte. Et dont, en connaître, dans un cas comme dans l’autre, les langues et les institutions.
La troisième condition est relative à l’arbitrage des discussions, notamment à la nécessité de garantir l’objectivité et la sérénité des échanges, le vœu d’être poppériens pour entériner les éventuelles erreurs, apprendre d’elles, avancer en les dépassant ; et pour évacuer les propositions jugées inexactes, les incohérences et s’accorder sur les positions jugées « exactes ». Il peut se faire directement par les deux philosophes et historien de la philosophie eux-mêmes, moyennant quelque probité, en écartant toute forme de mauvaise foi. Je crois que ce serait, de loin, la meilleure formule. Et ne doute pas un seul instant qu’ils y soient disposés, préparés et rompus à l’exercice. L’autre solution - qui n’exclut d’ailleurs pas la précédente - est de faire adjoindre l’arbitrage interne par des avis techniques issus de personnes extérieures pendant les discussions, qui tâcheront de se présenter de la même manière que tout internaute qui souhaiterait intervenir. Dans l’un ou dans l’autre des cas, la probité, la tolérance, le partage critique de la vérité seront de rigueur. On publiera d’un commun accord les interventions jugées nécessaires et on écartera ensemble les autres. De même, serions-nous regardants sur la restitution exacte des interventions après accord des deux parties. D’autant que ces échanges pourraient faire l’objet d’une publication.
4. Proposition
Quant aux modalités pratiques de la discussion sur le Net et de son arbitrage, on peut toujours s’accorder sur les références, les éditions, les traductions, les apocryphes. Ainsi du temps d’intervention (nombre de pages à ne pas dépasser), du ton des échanges - qui gagneraient, on s’en doute, à ne point s’écarter de la Norme, de la correction qui régente les pairs, là aussi on avisera. Quant à la durée de la controverse, il ne me paraît pas impossible que tout cela dure longtemps. Car, le but visé n’est pas seulement de présenter chacun avec la plus grande clarté possible les définitions, les arguments, les théories, les méthodes, les paradigmes, les apories, les sources ou les modes de résolutions des problèmes, mais encore de veiller de part en part au statut de la démonstration, afin d’établir qui de Thèbes ou d’Athènes a inauguré l’aventure philosophique. C’est en cela que ce qui va se passer emporte le destin de l’histoire de la philosophie - et des sciences -, et va certainement influencer la façon dont ce discours sera enseigné après ce débat historique.
On prendra un temps pour l’information, ensuite on désignera les sites d’accueil de la discussion, en intégrant toutes formes d’accords juridiques et financiers légaux sur la question. Pour cela, une rencontre d’harmonisation finale est indispensable.
je crois tout simplement que le débat du professeur Nzonzo sur les origines de la philosophie retombe dans ce que Ngoma Binda appelle ‘l’impérialisme ethnologique”. je crois que le débat sur les origines de la philosophie ne saurait être tranché d’un coup. il soulève plusieurs problèmes: qu’est-ce que la philosophie? qu’est-ce que l’origine?
la première soulève elle-même une autre question qui est celle de savoir ce que définir veut dire en philosophie. je crois à mon sens qu’il faut toujours, lorsqu’on définit en philosophie dé-finir. c’est cela même le caractère de l’ignorence socratique qui revêt une forme moderne avec le doute cartésien. déterminer l’origine en un lieu vient d’une définition qui ne tient pas compte de la dé-finition.
la seconde pose un autre problème qui est celui de l’origine même. qu’est-ce que l’origine? quelle est l’origine de l’origine? Derrida, en analysant le psychologisme intentionnel de Husserl nous apprend mieux à ce sujet. l’origine est une différance source du différend, qui fait lui-même appel à la différence. or la différence est pluralité parce qu’elle se saisit dans les idéalités enchaînée. l’origine fait appel à la transcendance, un au-delà. elle se dévoile en se voilant comme l’être heideggerien ou encore comme l’englobant de Jaspers. ce ddévoilement voilé fait nécessairement appel à un autre que soi et par ricochet à la pluralité. s’il y a indivision dans la conception de l’origine, on doit nécessairement poser un postulat et du coup on tombe à la genèse, comme c’est le cas de la création ex nihilo: là on est plus en philosophie, mais en religion. c’est la foi qui dicte et non la raison. parlons donc toujours de la pluralité en ce quii concerne l’origine pour éviter de rouler la pierre de Sysiphe.