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1 Introduction. Jules Shungu Wembadio Pene, alias Papa Wemba est né au Congo belge à Lubefu dans le Kasaï  le 14 Juin  1949. Cependant Lubefu est devenu depuis 2015 un territoire de Sankuru. La province du Sankuru est une province de la République démocratique du Congo. Elle est issue de la division de la province historique du Kasaï-Oriental en trois nouvelles provinces : Kasaï-Oriental, Lomami et Sankuru. La province du Sankuru est composée de six territoires : Katako-Kombe, Kole, Lodja, Lomela, Lubefu, Lusambo. En 1956 Papa Wemba rejoint son père à Léopoldville, capitale de la république du Congo-Léopoldville, Papa Kikunda, militaire. Sa maman est commerçante au marché Djakarta (Wenze ya Djakarta). Papa Wemba commence à jouer dans l'orchestre Stukas Boys, connu par son musicien légendaire Gaby Lita Bembo et sa danse Ekonda saccade. Il rejoint le premier noyau de Zaïko Langa Langa de Nyoka Longo (1969) ; leur danse électrique est cavacha. Pour saisir le changement opéré dans la musique congolaise urbaine consubstantielle à la naissance de Zaïko Langa langa puis l'éruption de Viva La Musica, il nous faut revenir sur la période des grands orchestres de Kallé-Franco-Nico-Rochereau de la période post-indépendance.

2. Kalle-Franco-Nico-Rochereau pionniers de la rumba congolaise. Partons des pionniers de la musique congolaise urbaine, la rumba, comme Kabasale Joseph (1930-1983), dit Grand Kalle, fondateur de l'African jazz ; Luambo Makiadi François (1938- 1989) dit Franco fondateur de l'O.K. Jazz et des éditions Epanza Makita ; Kasanda Nicolas (1939-1989) dit Docteur Nico et Tabou Ley Rochereau (1940-2013) quittent l'African Jazz et fondent l'African Fiesta. Docteur Nico n'exerce pas la médecine, mais c'est un guitariste doué ; ses notes musicales pétries de gaieté consolent les âmes meurtries. L'African Fiesta National est dirigé par Izeidi Roger Dominique mais la vedette principale reste Tabou Ley, séparé de Docteur Nico. Le cadet Izeidi Faugus est membre naturel de l'orchestre car l'African Fiesta National avec Sam Mangwana est né dans leur domaine familial à Kinshasa (1). Ces pionniers produisent la musique des Congolais évolués, intégrés dans le système néocolonial, une danse rumba collée à la rumba cubaine et singeant les danses étrangères, salsa, patchanga, polka, tango, merengue, tcharanga, boléro, calypso. Cependant pour Docteur Nico se plaçant sur le plan de la négritude, la rumba cubaine est génétiquement liée à la rumba congolaise. Les Noirs Cubains, les Noirs Américains sont des Africains, des Congolais en particulier transplantés à cause du commerce esclavagiste triangulaire en Amérique en sauvegardant la culture africaine d'origine : d'où le label Jazz que porte chaque orchestre créé à Léopoldville ou à Brazzaville, OK Jazz, Bantou Jazz, African Jazz, Cercul Jazz, etc, témoin de cette unité culturelle chère à Léopold Sédar Senghor. On peut toutefois souligner, dans la rumba des aînés, les insiders congolais y voient l'image de leur propre réussite dans les villes congolaises de création coloniale. Les jeunes ne sont pas encore intégrés au niveau de l'emploi, du logement, du mariage, et pour une majorité d'entre eux, exclue du système scolaire. A chaque génération se pose le problème de l'intégration de la jeunesse dans l'économie nationale. La question de la lutte de classes est donc récurrente et universelle. Le conflit jeunes -aînés est un conflit de classe. Les jeunes congolais sont confrontés à un dilemme : réussir à l'école officielle primaire-secondaire puis supérieure – afin de trouver du travail dans l'administration, dans un bureau situé en ville, le quartier des Blancs, C'est la volonté inébranlable des parents - ou devenir musicien. Or cette seconde voie n'est pas garantie par l'État ; il n' y a pas d'école de musique pour préparer un diplôme puis exercer son métier de musicien. Dans l'imagerie populaire, être musicien n'est pas une profession, et quelle jeune fille accepterait d'être l'épouse d'un musicien ? Les sources de revenus des groupes musicaux sont constituées de la vente de billets lors des prestations musicales dites concerts populaires ; la vente de disques. La gestion de ces ressources est chaotique. Les musiciens sont mal rémunérés. Telle est la cause majeure de l'éclatement des groupes musicaux. Le système de protection des droits d'auteurs musiciens peine à se structurer. La protection sociale et la retraite des musiciens sont inexistentes. Quel parent céderait la main de sa fille à un gendre musicien dont la rémunération est hypothétique ? Comme les orchestres créés par les Aînés sont devenus des entreprises économiques à part entière intégrées dans l'économie nationale congolaise, ils sont habilités à allouer de façon autoritaire des valeurs convoitées dans la société congolaise comme  l'influence (ngwisa), le pouvoir (kimfumu), la gloire (nkembo), la richesse (bunvuama) et la sécurité (nsimbi). Pour palier aux carences des politiques, des orchestres ont institué pendant les répétitions un compagnonnage, c'est-à-dire un système de formation permanente à la musique et aux instruments musicaux assurés par des aînés protecteurs. Certains apprentis musiciens ont acquis gratuitement leur formation musicale dans des groupes religieux, catholiques, protestants, kimbanguistes et salutistes.  Pour devenir un musicien célèbre ils postulent pour de grands orchestres.

3. La naissance de Zaïko Langa Langa et  Isifi Lokole. Contre toute attente, un jeune groupe musical Zaïko formé en 1969 réussit le pari d'intégrer l'économie nationale en ciblant une clientèle différente des mélomanes de grands orchestres. Zaïko s'adresse à cette jeunesse congolaise des deux rives du fleuve congo exclue, chômeurs de Léo, traînant encore à un âge avancé chez les parents, mais brûlant de désirs d'aimer, de fonder des familles et parfois peu instruits par rapport au système scolaire occidental imposé au Congo. Zaïko demeure l'espoir de cette jeunesse. Il y a donc une ligne de démarcation entre les aînés Kallé-Franco-Nico-Rochereau et ces jeunes musiciens. Les jeunes talentueux désertent les grands orchestres dirigés par les aînés. Leur avenir semble bouché. Ils ne peuvent pas innover. On leur demande de combler des trous, de jouer à la suppléance. Ils se regroupent entre eux. Ces jeunes musiciens vont puiser dans les traditions culturelles congolaises (kongo, luba, kuba, mongo) pour adapter les danses folkloriques, les mélodies ethniques les instruments de tradition aux mondes urbains cosmopolites. Zaïko est un entropologie de points d'accumulation et de points d'irradiation de la créativité juvénile, un bouillonnement de cultures. Zaïko est accompagné de deux mots exprimés par épanalepse, Zaïko Langa Langa. Langa langa (en kikongo, sika kua saka en kikongo), c'est pratiquer de la musique jusqu'à l'infini, à l'épuisement. C'est être saturé de musique. La musique est leur raison de vivre. Zaïko est la contraction de deux mots Zaïre et Kongo. Cet orchestre dans l'esprit de Nyoka Longo et de son aîné Franklin Boukaka de Cercul Jazz autour de sa chanson Pont sur le Congo prône l'unité des deux Congo, voire même les États - Unis du Bassin du Congo. Zaïko est une pépinière de jeunes pousses, de musiciens créateurs. Ils possèdent un label ISIFI. ISIFI veut dire, Institut supérieur idéologique de formation des idoles (2). D'autres sources interprètent ISIFI comme Institut du savoir idéologique pour la formation des idoles.

Zaïko implose en 1974. Le groupe Isifi Lokole est créé dans lequel Papa Wemba se retrouve avec Evoloko, Mavuela Somo, Gina Efonge, Bozi Boziana, Shora (guitare solo), Ada Muanguisa (accompagnateur), Djo Mali (bassiste), Biko Star (batteur), Otes Koyongonda, le percussioniste spécialisé dans l'instrument traditionnel Lokole.

4.Le licenciement de Papa Wemba de Yoka Lokole. Le groupe musical Yoka Lokole est créé en 1975 par Bozi Boziana, Mavuela Somo, Mbuta Mashakadio et Djo Wissa. Une lutte de classes féroce règne dans cet orchestre. Mbuta Mashakado le parrain humilie publiquement Shungu Wembadio alias Papa Wemba, ayant traversé entre-temps des délits judiciaires. En plein concert MButa Mashakado annonce son licenciement en ces termes :

"Banda lelo, mwana mayi olongwe mouvement. na canaille kaka ! Tout droit ! Kenda na yo. Tanki, miyoyo..."(3)

Littéralement, on peut interpréter en français :

"Désormais, l'enfant de l'eau, tu quittes notre mouvement. Par canaille seulement. Tout droit. Vas-t-en, [...], morve...).

Nous n'avons pas pu traduire en français le mot "Tanki". Selon Manda Tchebwa (4), ce mot prononcé en argot de kinshasa par les jeunes bills signifie "vaurien". Pour un musicien brillant comme Papa Wemba, ce fut une calomnie, un dénigrement.  Tout talent sème la jalousie.

Autrement dit Papa Wemba fut calomnié, insulté publiquement puis licencié séance tenante; Le spectacle de son licenciement est prémédité et bien organisé par des manières canailles, yankees. Comme un règlement de compte dans le hooliganisme des bills. L'expression de Mbuta mashakado l'atteste : "Na canaille kaka" (par canaille seulement). Le mot canaille est utilisé en français et a pour sens d'après le Robert :

Canaille, n. f. Ramassis de gens méprisables ou considérés comme tels; V. pègre, populace, racaille.

Papa Wemba ne compte pas parmi la canaille, la voyoucratie, les gouapes, les crapules. C'est plutôt lui la victime, le paria. Il est en plus discriminé dans un esprit de clan, car traité de "mwana mayi", l'enfant de l'eau. Papa Wemba est né du groupe ethnique tetela (sous-groupe des Mongo) comme Patrice Emery Lumumba.

 

La jalousie (zuwa en lingala, kimpala en kikongo) caractérise le milieu musical comme une condition existentielle à réaction. Luombo Makiadi dit Franco de l' OK-Jazz avait  en 1966 chanté la jalousie dans Course au pouvoir (5). La chanson fut censurée par le pouvoir politique de l'époque.

Course au pouvoir

Olingaka nazuaka te, mpo toyebana bomwana.
Tu n'aimes pas que je réussisse, parce qu'on se connait depuis l'enfance

Olingaka batanga te kombo na ngaï na miso na yo
Tu n'aimes pas entendre citer mon nom en ta présence

Osekisaka ngaï moninga na likolo ya mbebo
Tu me souris du bout des lèvres, mon frère

Olingaka na motema na yo kombo ya Franco elimwa
Tu désires du fond de ton coeur que le nom de Franco disparaisse

Olingaka kolembola na bolamu ngaï nasala yo
Tu préfères faire semblant au sujet du bien que je t'ai fait

Olingaka komeka nga, ba bwanya ezanga yo
Tu aurais voulu me concurrencer, mais tu manques de moyens

Olingaka koyoka te ô Franco asali likambo boye
Tu n'aimes pas apprendre que Franco aurait fait ceci ou cela

Olingaka na motema na yo, kombo ya Franco elimwa
Tu désires du fond de ton coeur que le nom de Franco disparaisse

Nzambe asala Yuda malamu, Yuda abalukela ye na sima
Dieu a bien créé Judas, mais Judas s'est retourné contre lui.

 

5. L'éruption de Viva La Musica. Papa Wemba aurait pu porter l'affaire en justice ; quelle justice congolaise de l'époque ? Car les chefs d'inculpation furent graves.  Mais délivré de la canaille, et parrainé par Soki Vangu (fâché lui aussi contre Mavuela Somo, qui lui ravit sa femme Getou Salay, cf., Mfumu (6), il créa dans un élan de défi, son propre orchestre musical, Viva La Musica, au quartier Matonge de Kinshasa. Son sous-quartier général s'appelle : «Village Molokai» (acronyme des avenues Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kandakanda et Inzia).C'est donc cet orchestre qui déterra la hache de guerre avec Zaïko Langa Langa Nkolo Mboka. Cette rupture professionnelle fit de lui jusqu'à sa mort une star internationale de la rumba congolaise par la composition indéfinie de chansons, de condisciples (Emeneya Kester), de collaborateurs célèbres (Koffi Olomide), de danses (mukonyonyo) et de vies. Selon Manda Tchebwa (7), La Musica est un ancien cri d'animation de papa Wemba tiré de "Et que viva la musica" qu'il lançait autrefois dans Zaïko. Les émules de Papa Wemba furent indénombrables : Wenge Musica, Flash Musica, Energie Musica, Litonge Musica, Historia Musica, Victoria Eleison, ça suffit Musica, etc..., mais surtout Yoka Choc, un groupe de musiciens japonais ayant séjourné au quartier Matonge de papa Wemba à Kinshasa pour se former à la rumba congolaise. Le rendez-vous du donner et du recevoir à été accompli par Papa Wemba.

YOKA CHOC un spectacle musical japonais au chevet de la rumba congolaise. - Le Deuil des Chauves-Souris

http://youtube.com/Watch?v=Bi4AO_f1BTc 1.Sur le parallélisme asymétrique. Ce film musical (1) interpelle les Africains. Il nous donne l'occasion de parler d'une méthode de raisonnement découverte par Léopold Sédar Senghor : le parallélisme asymétrique. Cette méthode vient de l'asymétrie syndicale ou prédicative ou de l'opposition des prédicats " être nègre ", " être hellène ".

http://matumpa.canalblog.com


Papa Wemba a vécu tantôt en Afrique, en Europe, en Asie. Il fit du cinéma, La vie est belle. Il disputa avec le Congolais Brazzavillois Franco Nkodia la paternité de la sape (société pour l'avancement des personnes élégantes) entre Brazzaville et Kinshasa. Sa chanson Matebu en est un exemple. Les paroles de cette chanson ainsi que la traduction française ont été tirées du livre de Justin Daniel Ngandoulou (8).

Références.

(1)Cf Izeidi Faugus, Les coulisses de la musique congolaise de l'African Jazz à l'Afrisa, éditions Paari, Paris, 2012.

(2)Cf., Mfumu Fylla Saint-Eudes, La musique congolaise du 20ème siècle, Brazzaville, Beau'D Pro, 2006, p. 246.

(3)Manda Tchebwa, Terre de la chanson, Bruxelles, Duculot, 1996, p. 174.

(4)Manda Tchebwa, op. cit., p. 174.

(5)Cf., Ginzanza u-lemba, La chanson congolaise moderne, Paris L'harmattan, 2005, p. 241-242.

(6)Cf., Mfumu, op. cit., p. 261.

(7)Manda Tchebwa,op. cit., p. 193.

(8)Daniel Ngandoulou , Au coeur de la sape, Paris Harmattan, 1989, p. 196-201.

 

Papa wemba- Matebu

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