Macky Sall rend "un vibrant hommage postum" à Cheikh Anta Diop

  • Radio télévision sénégalaise (RTS), jeudi 11 février 2016 16:48

Le Président Macky SALL a réuni le Conseil des Ministres, ce mercredi 10 février 2016, à 10 heures, au Palais de la République.

A l'entame de sa communication, le Chef de l'Etat saisit l'occasion de la commémoration du trentième anniversaire de sa disparition, pour rendre, au nom de la nation, un vibrant hommage au Professeur Cheikh Anta DIOP, un savant d'exception qui a fortement contribué au rayonnement scientifique, politique et culturel du Sénégal, de l'Afrique et du monde noir.

A ce titre, le Président de la République demande au Gouvernement, en particulier aux Ministres chargés des Infrastructures, de l'Enseignement supérieur, de l'Education et de la Culture, de promouvoir auprès des jeunes et des étudiants notamment, les œuvres, enseignements et recherches de cet illustre fils du Sénégal, et d'engager, dans les meilleurs délais, la réalisation d'un projet de valorisation du village de Thieytou, qui devra intégrer l'édification d'un centre de documentation et d'exposition sur sa vie et son legs.

Abordant la consolidation du rôle et la place centrale de la diaspora dans le Sénégal émergent, le Chef de l'Etat rappelle au gouvernement l'attention particulière qu'il accorde à la forte implication des Sénégalais de l'extérieur dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE) et lui indique l'impératif de dérouler un programme spécial de mobilisation de toutes les compétences nationales, en formation ou en activité à l'étranger, en vue de renforcer et de valoriser le capital humain national.

Dès lors, le Président de la République invite le gouvernement à déployer des projets novateurs visant l'optimisation de l'impact socio-économique des transferts financiers des Sénégalais de l'extérieur, et à procéder à l'évaluation des dispositifs du Fonds d'Appui à l'Investissement des Sénégalais de l'Extérieur (FAISE).

Poursuivant sa communication autour du Programme de Renouvellement des Gros porteurs, dont il a procédé au lancement, le 06 février 2016, avec la mise à disposition prioritaire de 73 camions de la phase pilote qui concerne 1600 véhicules sur la période 2016-2017, le Président de la République exhorte le Gouvernement à consolider la dynamique de modernisation globale du sous-secteur des transports routiers.

Dans cette perspective, le Chef de l'Etat invite le Gouvernement à mettre en œuvre, dans les meilleures conditions requises, ce programme stratégique.

Le Président de la République a clos sa communication sur son agenda diplomatique, le suivi de la coopération et des partenariats, en revenant sur le déjeuner de travail, le 5 février 2016, avec le Président Recep Tayyip ERDOGAN, qui a permis de faire un large tour d'horizon de la coopération bilatérale avec la Turquie et de signer des accords de partenariat bénéfiques pour notre pays.

Il a également informé le Conseil de sa désignation, par l'Union Africaine, pour faire partie d'une délégation de haut niveau composée de 5 Chefs d'Etat, devant se rendre au Burundi pour des consultations, et de sa participation, sur invitation du Secrétaire général des Nations Unies et du Président du Groupe de la Banque mondiale, au Groupe de haut niveau sur l'Eau, composé de 13 personnalités, dont la mission est de mobiliser la communauté internationale en vue de la réalisation de l'Objectif 6 du programme de développement durable à l'horizon 2030, lié à l'eau et à l'assainissement.

Enfin, le Chef de l'Etat a adressé ses félicitations au Ministre de l'Education nationale pour sa récente tournée dans la région de Ziguinchor.

Il a invité le Gouvernement à veiller à la présence des services de l'Etat et à la mise en place d'infrastructures sociales de base sur l'étendue du territoire national, en particulier dans les localités frontalières, en vue satisfaire les besoins légitimes des populations.

Le Premier Ministre a axé sa communication sur les enjeux et défis de la stratégie nationale de la promotion des exportations, avant de rendre compte de la coordination de l'activité gouvernementale.

Le Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l'Extérieur a fait le point de la situation africaine, internationale et du travail accompli par la représentation sénégalaise au Conseil de Sécurité de l'ONU.

Le Ministre de l'Economie, des Finances et du Plan a fait le point de la conjoncture économique nationale et internationale.

Le Ministre de l'Agriculture et de l'Equipement rural a fait le point du suivi de la campagne de commercialisation agricole.

Le Ministre du Travail, du Dialogue social, des Organisations professionnelles et des Relations avec les Institutions a rendu compte des préparatifs de la deuxième conférence sociale prévue en avril 2016 et qui portera sur le thème « La Réforme des retraites au Sénégal, vers des régimes viables et inclusifs ».

Le Ministre auprès du Président de la République en charge du Suivi du Plan Sénégal Emergent a rendu compte de l'état d'avancement des différents projets et réformes.

Au titre des mesures individuelles, le Président de la République a pris les décisions suivantes :

- Madame Anna Sémou FAYE, Inspecteur général de Police, matricule de solde n°501 939/I, est nommé Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Sénégal auprès de Son Excellence le Professeur Alpha CONDE, Président de la République de Guinée, en remplacement de Monsieur Léopold DIOUF, appelé à d'autres fonctions ;

- Monsieur Idrissa SENE, Juriste, est nommé Consul de la République du Sénégal à Naples (République italienne), nouvelle création
;

- Monsieur Cheikh Amadou Tidiane DIALLO, matricule de solde n°373 285/Z, Magistrat avant 05 ans, précédemment Conseiller technique de département, est nommé Secrétaire général du ministère de la Justice, en remplacement de Monsieur El Hadji Mansour TALL, admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite ;

- Madame Magatte Lo BODIAN, Médiateur pédagogique, titulaire d'un Master en Sciences politiques, matricule de solde 512 912/D, est nommée Directeur de l'Administration générale et de l'Equipement au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, en remplacement de Monsieur Waly FAYE, appelé à d'autres fonctions ;

- Colonel Antoine WARDINI, matricule de solde n°400 865/C, est nommé Directeur du Service civique national, au ministère de la Jeunesse, de l'Emploi et de la Construction citoyenne, en remplacement du Colonel Baba DIAKHATE, remis à la disposition de l'Etat-major des Armées.

Le Ministre auprès du Premier Ministre,
Porte-parole du Gouvernement

 

http://www.rts.sn/articles-de-presse/politiques/conseil-des-ministres/macky-sall-rend-un-vibrant-hommage-postum-a-cheikh-anta-diop.html

Journal Le Soleil

 

De l’introduction de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes scolaires

Cheikh Anta Diop 2Le  ministère de l’Education nationale joint sa voix au concert d’éloges et se réjouit des manifestations commémorant les 30 ans de la disparition du « Pharaon du savoir », Cheikh Anta Diop. Assurément, l’homme est multidimensionnel, l’œuvre immense et son champ d’investigation universel. Beaucoup de voix se sont élevées pour demander l’introduction de la pensée de l’illustre professeur dans les programmes scolaires. Une pétition initiée à cet effet a recueilli des  milliers de signatures.

Cependant, une lecture rapide des programmes  en vigueur dans nos lycées et collèges permet de faire le constat suivant.

Dès la classe de sixième (6e), la première leçon d’histoire traite de thèmes permettant de mettre en exergue la pensée de Cheikh Anta Diop. Il s’agit, entre autres, de leçons portant sur :

-    Les civilisations préhistoriques : la leçon 3, intitulée « La préhistoire africaine » comporte deux chapitres intitulés : la problématique (Afrique berceau de l’humanité), et le Néolithique(Le sahara).

La deuxième partie traite des civilisations antiques africaines. Les leçons 6, 7, 8, 9, 10 et 11 permettent d’étudier :

-    L’Egypte pharaonique.
-    La civilisation égyptienne.
-    La Nubie antique.
-    L’Ethiopie antique.
-    Les relations entre l’Afrique du Nord-Est et l’Afrique intérieure: migrations, influences culturelles, diffusion de techniques et échanges.
-    La civilisation carthaginoise.

Dans la quatrième partie, on traite des Civilisations antiques de l’Europe, leçons dans lesquelles on demande aux professeurs d’insister sur ce que la Grèce doit à l’Afrique.

Ces thèmes sont largement inspirés de ceux développés par Cheikh Anta Diop dans ses ouvrages Nations nègres et cultures ou Antériorité des Civilisations nègres, mythe ou réalité.

En classe de cinquième (5e) :
La deuxième partie du programme, intitulée « Civilisations de l’Afrique occidentale du VIIe au XVIe », permet de se pencher sur les travaux de Cheikh Anta Diop dans l’Afrique noire précoloniale, ouvrage dans lequel il décrit et analyse des états africains, tels que les grands empires ouest africains : le Ghana, le Mali, le Songhaï et les Royaumes du Golfe de Guinée, cités explicitement dans le programme, ainsi qu’une étude comparative avec l’Europe du Moyen Age, comme recommandée dans la quatrième partie, avec une étude du système féodal en Europe.

La leçon 13 de la classe de quatrième (4e) traite de l’unité et la diversité d’institutions sociales, politiques et économiques de l’espace sénégalais et peut être étudiée dans « Unité culturelle de l’Afrique noire. »

En classe de seconde (2e) :
Les premières leçons viennent renforcer et approfondir les acquis du premier cycle, avec, en plus, la leçon 11 intitulée « Etude de la parenté entre la Civilisation égyptienne et le reste de l’Afrique : l’exemple du Sénégal, thème on ne peu plus  cher à Cheikh Anta Diop et développé dans « Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro africaines».

En Terminale :
Le chapitre intitulé « Etudes et civilisations » traite, dans sa première partie, de civilisations négro africaines, thématique largement développée dans les ouvrages de Cheikh Anta Diop tels que « Antériorité des civilisations nègres, mythe ou vérité, mythe ou vérité historique » et » Civilisation ou Barbarie, » ouvrage majeur de l’illustre professeur.

Dans le programme de Français :
En classe de troisième (3e), dans le centre d’intérêt intitulé « Héritage culturel africain et apports extérieurs », figure un thème appelé : l’Egypte nègre, les civilisations traditionnelles africaines. Ici aussi, le professeur est appelé à étudier en classe un extrait de l’œuvre de Cheikh Anta Diop : « L’Unité culturelle de l’Afrique noire».

Enfin, en classe de Terminale, dans le «  Domaine I » du programme de philosophie, appelé « L’idée de philosophie africaine », on ne peut pas faire l’impasse sur les travaux de Cheikh Anta Diop, surtout avec l’œuvre « Civilisation ou Barbarie ».

Dans le chapitre « Sciences et Techniques », comment ne pas parler de celui qui conseillait à la jeunesse africaine de « s’armer de sciences jusqu’aux dents » et donner en exemple aux élèves les travaux scientifiques de l’illustre parrain de notre première université, menés dans son célèbre laboratoire de datation au carbone 14 ? Tout cela pour faire remarquer qu’avec l’interdisciplinarité, l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop peut être déroulé aussi bien en mathématiques, qu’en physique-chimie, en lettres, en philosophie, en économie et même dans les langues vivantes étrangères.

Il convient aussi de souligner qu’à l’Ucad, des enseignements sur l’œuvre et la pensée de Cheikh Anta Diop sont dispensés dans les départements d’histoire et de lettres classiques depuis des décennies.

Le problème n’est donc pas tant celui de la présence de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes scolaires  mais plutôt celui de la prise en charge correcte de son enseignement. Les professeurs ne font pas toujours l’effort de se former, de se documenter pour dérouler correctement les cours.

J’ai entendu l’autre jour, un célèbre professeur de philosophie dans un  lycée de la place, par ailleurs grand chroniqueur sur une chaine de télévision, réclamer à cor et à cris l’introduction de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes ; il ajoutait même qu’il avait fait un sondage auprès de ses élèves mais qu’aucun d’eux ne connaissait Cheikh Anta Diop.  A qui la faute ? Comment peut-on enseigner la philosophie africaine sans parler des travaux de Cheikh Anta Diop et de ses thèses sur l’apport de l’Afrique à la civilisation universelle dans le domaine de la philosophie, avec son œuvre « Civilisation ou Barbarie, » où il pose les prémices d’une nouvelle philosophie visant à réconcilier l’humanité avec elle-même ? Il en est de même dans presque toutes les disciplines. La Grèce, mère de la philosophie n’est-elle pas elle-même fille de l’Egypte ? Il appartient au professeur d’enseigner et de faire connaître Cheikh Anta Diop et son œuvre et non d’attendre des élèves des connaissances infuses ou confuses. Last but not least, la bibliographie complète des écrits de Cheikh Anta Diop figure en annexe dans le programme officiel de philosophie.

L’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop peut et même, doit être déroulé à tous les niveaux du système éducatif, du préscolaire à l’élémentaire, à travers des ouvrages comme «  les hiéroglyphes dès le berceau »  ou «  L’antiquité africaine par l’image ».

Il se pose peut être un problème de formation des formateurs ou de l’accès aux ouvrages de Cheikh Anta Diop. En effet, beaucoup d’enseignants n’ont pas bénéficié de cours ni de formation à sa pensée et à ses thèses. Ensuite, dans un récent reportage à la télévision, il a été constaté que les ouvrages de Cheikh Anta Diop sont quasi absents des rayons des librairies de la place. Cependant, des solutions existent. D’abord, inclure des modules d’initiation à l’œuvre et à la pensée de Cheikh Anta Diop dans les centres de formation des formateurs comme la Fastef et les Crfpe, pour que les sortants soient outillés pour dérouler son enseignement correct dans les classes.

Ensuite, mettre une documentation adéquate dans les établissements scolaires, avec des fiches pédagogiques de vulgarisation des principaux thèmes retenus.

Enfin, les résultats de  recherches des spécialistes de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, à l’Ucad ou à l’Ifan, doivent être publiés, non pas seulement dans les revues  scientifiques  pour experts mais, mis à la disposition du grand public.

Néanmoins, des efforts gigantesques sont faits pour préserver et diffuser le legs de Cheikh Anta Diop. Pour preuve, les cérémonies marquant le 30e anniversaire de la disparition du professeur Cheikh Anta Diop ont drainé un large public, avide de découvrir « son savant » ; l’engouement suscité, surtout lors des conférences à l’Ucad 2, où l’on notait une présence massive d’élèves et d’étudiants peut en attester.

Il faut aussi rendre hommage à l’action de grands mécènes, regroupés autour de l’Isdocad, (l’initiative sénégalaise pour la diffusion des œuvres de Cheikh Anta Diop), et qui sont en train de doter des établissements scolaires en ouvrages écrits par le Pr. Cheikh Anta Diop.

Il convient aussi de saluer l’édition d’une plaquette sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop, distribuée gracieusement aux élèves lors des cérémonies du trentenaire de la mort de Cheikh Anta Diop.

Au ministère de l’éducation, instruction a été donnée aux responsables du projet Parc, chargé de la révision des curricula, de mieux prendre en charge l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop ainsi que le rééquilibrage des filières afin que le sénégalais de demain soit à l’image de Cheikh Anta, « armé de sciences » et être un citoyen de son temps.

N’est-ce « cet effrayant génie » africain qui a passé la même année, avec un égal bonheur, un baccalauréat littéraire et un baccalauréat scientifique ?

En fin de compte, il y a des raisons d’espérer. Les choses bougent dans la bonne direction et je demeure convaincu qu’avec la synergie qui s’est manifestée cette année autour de l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop et le soutien des plus hautes autorités, sous peu, le Pharaon sera aussi prophète dans son pays, comme il l’est un peu partout dans le monde.

Par Ndiogou Faye
Doyen de l’Inspection générale
de l’Education et de la Formation
MEN / MFPAA