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Qu'est ce qu'un misérable ? Selon Le Robert, un misérable est une personne pitoyable, qui inspire la pitié ; qui est dans le malheur, la misère. Qui est dans une extrême pauvreté ; qui est au bas de l'échelle sociale ; gueux, va-nu-pieds, etc,,, La bonne définition des misérables paraît dans les strophes de l'internationale, l'hymne des communistes : «  Debout les damnés de la terre, debout les forçats de la faim »,Les Misérables n'est pas seulement un roman de description de la misère. C'est aussi un roman peignant l'amour entre deux jeunes gens, Cosette et Marius. Un amoureux n'est pas un misérable. C'est un homme heureux. Les Misérables est aussi un roman détaillant la préparation d'une révolution. Enjolras et ses lieutenants se réunissaient au café Musain : Grantaire, Courfeyrac, Marius, Combeferre, Jean Prouvaire, etc. Un révolutionnaire croit en un idéal, combattre la misère sociale et humaine. Peu lui chaut ses propres souffrances. Les Misérables est aussi un roman peignant la voyoucratie sociale. La famille Thenardier en est un exemple. Les Misérables est aussi un roman exposant les hommes politiques, c'est-à-dire, ceux qui exercent le pouvoir sur le peuple. L'inspecteur Jabert défend la loi. Les Misérables est un roman complet, un roman vrai, racontant la vie humaine. Certes les moyens de communication et de locomotion de l'homme se sont développés au vingt et unième siècle. Nous avons fabriqué des trains à grande vitesse, le métro, le tramway, des bateaux de croisière, des voitures de toute sorte de marques. Nous avons marché sur la lune, nous avons exploré d'autres planètes, mais la condition de l'homme sur terre ne change pas dans le temps et dans l'espace. L'homme cherche toujours à abuser de son autorité ; dès qu'il gagne plus d'argent que d'autres, dès que sa condition sociale progresse, l'homme cherche à écraser, à humilier les autres. Les Misérables traite de cette condition humaine.

Les Misérables est également un roman philosophique, dans la mesure où Victor Hugo ne se contente pas de se conformer à la méthode littéraire, à des dialogues entre personnages. Il apporte des remèdes à la misère sociale. Mais surtout Victor Hugo apporte une définition impérieuse de La France. En voici une preuve :

 

« Tous les problèmes que les Socialistes se proposaient , les visions cosmogoniques, la rêverie et le mysticisme écartés, peuvent être ramenés à deux problèmes principaux.

Premier problème : produire la richesse.

Deuxième problème : la répartir.

Le premier problème contient la question du travail. Le deuxième problème contient la question du salaire. Dans le premier problème il s'agit de l'emploi des forces. Dans le second de la distribution des jouissances. Du bon emploi des forces résulte la puissance publique. De la bonne distribution des jouissances résulte le bonheur individuel. Par bonne distribution, il faut entendre non distribution égale, mais distribution équitable. La première égalité, c'est l'équité. De ces deux choses combinées, puissance publique au dehors, bonheur individuel au dedans, résulte la prospérité sociale. Prospérité sociale, cela veut dire l'homme heureux, le citoyen libre, la nation grande. L'Angleterre résout le premier de ces deux problèmes. Elle crée admirablement la richesse ; elle la répartit mal. Cette solution qui n'est complète que d'un côté la mène fatalement à ces deux extrêmes : opulence monstrueuse, misère monstrueuse. Toutes les jouissances à quelques-uns, toutes les privations aux autres, c'est-à-dire au peuple ; Situation fausse et dangereuse qui assoit la puissance publique sur la misère privée, qui enracine la grandeur de l'État dans les souffrances de l'individu. Grandeur mal composée où se combinent tous les éléments matériels et dans laquelle n'entre aucun élément moral. […]

Les deux problèmes veulent être résolus ensemble pour être bien résolus. Les deux solutions veulent être combinées et n'en faire qu'une. Ne résolvez que le premier des deux problèmes, vous serez Venise, vous serez l'Angleterre. Vous aurez comme Venise une puissance artificielle, ou comme l'Angleterre une puissance matérielle ; vous serez le mauvais riche. Vous périrez par une voie de fait, comme est morte Venise, ou par une banqueroute, comme tombera l'Angleterre. Et le monde vous laissera mourir et tomber, parce que le monde laisse tomber et mourir tout ce qui n'est que l'égoïsme, tout ce qui ne représente pas pour le genre humain une vertu ou une idée. […] Résolvez les deux problèmes, encouragez le riche et protégez le pauvre, supprimez la misère, mettez un terme à l'exploitation injuste du faible par le fort, mettez un frein à la jalousie de celui qui est en route contre celui qui est arrivé, ajustez mathématiquement et fraternellement le salaire au travail, mêlez l'enseignement gratuit et obligatoire à la croissance de l'enfance et faites de la science la base de la virilité, développez les intelligences tout en occupant les bras, soyez à la fois un peuple puissant et une famille d'hommes heureux, démocratisez la propriété, non en l'abolissant, mais en l'universalisant, de façon que tout citoyen sans exception soit propriétaire, chose plus facile qu'on ne croit, en deux mots sachez produire la richesse et sachez la répartir ; et vous aurez tout ensemble la grandeur matérielle et la grandeur morale ; et vous serez dignes de vous appeler la France » (Victor Hugo, Les Misérables, Paris, Pocket, 2013, p. 946-948). 

 

Curieusement le personnage principal des Misérables, Jean Valjean est un transclasse. Il était émondeur de profession à Faverolles, comme son père, duquel il a hérité le nom. Il n'avait pas fréquenté l'école. Il n'avait donc pas appris de métier. Il était un simple manœuvre. Un émondeur nettoie les arbres des branches mortes. Son métier l'a doté d'une force herculéenne. Comment a-t-il vécu dans la misère ? Son père est mort en tombant d'un arbre. Sa maman Jeanne Mathieu est morte d'une maladie mal soignée. Orphelin, Jean Valjean junior fut donc élevé par sa grande-sœur, une veuve de sept enfants. Quand il atteignit son quart de siècle, il remplit dignement auprès de sa sœur impécunieuse, son rôle de tuteur. Son métier fut pénible et mal payé. Tantôt, il fut aussi braconnier, tantôt il travaillait comme cultivateur en contrat à durée déterminée (cdd). Et quand il n' y avait pas de travail, notamment en hiver, Jean Valjean se retrouvait au chômage. Comment nourrir les sept enfants, quand il manquait du pain à la maison ? C'est ainsi Jean Valjean fut tenté d'aller voler du pain, dans la boulangerie de sieur Maubert Isabeau à Faverolles. Le boulanger le poursuivit et l'arrêta. Il fut traduit en justice et envoyé au bagne en 1796 pour 5 ans pour avoir volé du pain, la denrée alimentaire de première nécessité au 18e siècle et au début du 19e siècle. Il tenta de s'évader plusieurs fois du bagne, il fut rattrapé à chaque fois et aggrava ses peines de 14 ans. En tout il purgea 19 ans de galères, À sa sortie du bagne en 1815 il demanda de l'hospitalité chez l'évêque de Digne, monseigneur Charles François Bienvenu Myriel. Il fut hébergé et ce dernier le nourrit pendant que Jean Valjean radota son horrible histoire. Mais il récidiva en détroussant de l'argenterie à sa sortie furtive de l'évêché. Après sa fuite, il fut rattrapé par des gendarmes, puis ramené à l'évêché. L'évêque le pardonna, prétextant une clémence en lui rajoutant devant les gendarmes deux chandeliers en argent. Les gendarmes le lâchèrent. Comme il ne croyait pas en Dieu, son coeur se durcissait de ressentiments, de haine comme une pierre. En chemin il croisa un gamin savoyard, nommé Petit-Gervais. Celui-ci s'amusait avec sa pièce de quarante sous sur le dos de sa main. La pièce blanche tomba et roula jusqu'à Jean Valjean. Ce dernier posa le pied dessus mais n'aperçut pas la dite pièce enfoncée dans la terre. Petit Gervais pleurait et réclama sa pièce. Jean Valjean le menaça de son regard sans comprendre le comportement de l'enfant. Celui-ci disparut et professa des malédictions à l'encontre de Jean Valjean. Quelques temps après, il retrouva la pièce d'argent. Il eût beau crié, « Petit Gervais Petit Gervais », pour rendre son dû à l'enfant, celui-ci s'éloigna. Il eût des remords et se reconnut pour la première fois « misérable ». Il se mit à pleurer.

 

À suivre