Le bon samaritain_Kilombo de Kolo (Congo)_Images Bernard Coyault

Titre : Mubakala mosi bu ka yusukiri ku Yeluselemi mu kweende ku Yeliko
/ Un homme allait de Jérusalem à Jéricho

Chant en langue beembe
Récepteur/réceptrice : inconnu
Année de réception : inconnue
Interprète : Kilombo Kanyi de Kolo 1.

Mubakal’ mosi bu ka yusukir’ ku Yeluselemi mu kweend’ ku Yeliko
- Un homme allait de Jérusalem à Jéricho
Ha kakati dia nzila wa bwaanikin' na bataatu
- Au beau milieu du chemin, il rencontra des brigands
Ba mu lata, ba mu siis’ ku nsa lufwa
- Ils le frappèrent et le laissèrent pour mort



Mvutu / Refrain :
Mmm ye kisalu kia kwe fuula
- Toi qui ne fais que demander,
Bu wur’ mu bumwoyo, mbaasi ye ngo na ?
- Tandis que tu es vivant, qui est ton prochain ?
Mmm ye kisalu kia kwe labuka
- Toi qui ne fais que passer outre,
Bu wur’ mu bumwoyo, mbaasi ye ngo na ?
- Tandis que tu es vivant, qui est ton prochain ?
Mmm ye kisalu kia kwe fuula
- Toi qui ne fais que demander,
Bu wur’ mu bumwoyo, mbaasi ye ngo na ?
- Tandis que tu es vivant, qui est ton prochain ?
Mmm ye kisalu kia kwe labuka
- Toi qui ne fais que passer outre,
Bu wur’ mu bumwoyo, mbaasi ye ngo na ?
- Tandis que tu es vivant, qui est ton prochain ?



2. Mupeel’ mosi wur’ mu kaand’ dia ba Yudayo
- Un religieux appartenant à la famille des juifs [1]
Bu ka yis’ ku tubuka ha kibeend’ kikio
- Etant arrivé à cet endroit
Wa yook’ mu teteke, ndeenaa wur’ mu kweende
- Il passa juste à côté, le voilà qui s’en va !



3. Mutar’ dibundu mosi, nde wa ba mukuutu, munyokolo ya bikabu
- Un épiscope [2], qui était chef, préposé aux sacrifices/offrandes [3]
Bu ka yis’ ku tubuka ha kibeend’ kikio
- Etant arrivé à cet endroit
Wa talil’ ku mambisa, wa talil’ ku mankula, wa keeng’ mu teteke
- Regarda derrière et devant, s’écarta pour l’éviter
Wa baandik’ mu ku dzumuna, ndeenaa wur’ mu kweende
- Il se mit à courir, le voilà qui s’en va !



4. Mwiis' Samaliya bu ka ba kwe yungana
-Un Samaritain qui était en voyage
Bu ka yis’ ku tubuka ha kibeend’ kikio
- Etant arrivé à cet endroit
Wa mu mwiin’ ngebe, wa mu kaang’ na ma mputa
- Eut pitié de lui, banda ses plaies
Wa mu nanguna, wa mu suusa ha yulu mpundi, boonaa bar’ mu kweende.
- Il le souleva et le mit sur un âne, les voilà qui s’en vont !

 

[1] Un lévite.
[2] Un surveillant, responsable de la communauté chrétienne au cours des premiers siècles de la chrétienté.
[3] Un sacrificateur. Commentaire : La parabole du bon Samaritain, chantée en langue beembe et jouée par un des kilombos du Consistoire de Kolo (Eglise Evangélique du Congo), donne à réfléchir sur l’état de la communion fraternelle entre les membres de l’Eglise, mais aussi sur les relations entre les chrétiens et les personnes extérieures à la communauté chrétienne. En effet, lorsqu’un être humain, quel qu’il soit, est en difficulté, il convient de l’aider au lieu de passer son chemin comme le font le lévite et le prêtre, c’est-à-dire deux croyants qui ne sont pas des moindres. En reprenant le texte biblique, le chant esquisse un rappel marquant de la charité chrétienne qui ne doit pas se décliner en vaines paroles ou en attitude de fuite face à la souffrance des autres. La trame narrative de la parabole biblique est bien respectée, il suffit de relire l’Evangile de Luc pour s’en convaincre (Luc 10, 30-37). Toutefois, le troisième couplet surenchérit sur l’attitude du sacrificateur (l’épiscope, le surveillant, mutari dibundu). Dans le texte biblique, il est simplement dit que ce dernier passe outre, expression de l’indifférence la plus totale face au malheur de son prochain. Le chant vient y ajouter une posture de fuite scandaleuse à l’égard d’un homme mourant. L’épiscope est pourtant chargé de veiller sur la communauté des croyants comme un berger veille sur un troupeau ; il devrait donc avoir de la compassion pour les autres... Au lieu de cela, il s’éloigne en courant et abandonne le pauvre homme à moitié mort sur le bord de la route. Comment interpréter ce délit de fuite qui ne figure pas dans l’Evangile de Luc ? Cette exagération a un objectif pédagogique : faire entendre à l’auditoire combien il est honteux et inacceptable d’abandonner quelqu’un à son triste sort, a fortiori lorsque c’est le prêtre, l’homme de Dieu, qui se rend coupable de non assistance à personne en danger… Mais attention : la critique adressée au prêtre du temps de Jésus rejoint la communauté actuelle de l’Eglise Evangélique du Congo par le biais d’une expression : mutari dibundu, l’épiscope/le surveillant d’église (nkengi en kikongo). Le mot désigne le diacre qui, au sein de l’Eglise Evangélique du Congo, est le seul habilité à seconder le pasteur et l’évangéliste, notamment dans la distribution de la sainte Cène et la collecte des offrandes lors des cultes. D’une certaine manière, le diacre partage le pouvoir des chefs religieux, puisqu’il est à la fois surveillant et responsable des offrandes (munyokolo ya bikabu). Voici ce personnage important de l’Eglise interpellé par une version moqueuse de la parabole du bon Samaritain dans laquelle le surveillant d’église (c’est-à-dire lui !) brille par un manque d’attention qui est loin d’être évangélique ! Cette critique à peine masquée des diacres s’inscrit bien dans le contexte culturel beembe où l’éducation se faisait parfois au moyen de chants railleurs. Cpendant, ce chant pétillant d'enseignement a une particularité, notamment l'absence de référence à Jésus et à l'Evangile, qui entraîne deux conséquences significatives : 1°) Pour ceux qui n'ont aucune connaissance biblique, cela ne permet pas de savoir que c'est le Christ qui raconte cette parabole en présence des disciples et d'un docteur de la loi qui tentait de le prendre en défaut concernant l'amour du prochain (Luc 10, 25-29). 2°) Les chanteurs se substituent à Jésus, ils revêtent la fonction du didascale [4], racontent l'histoire et en tirent l'enseignement que tous doivent entendre. C'est ainsi que les cantiques Kilombo deviennent le canal par lequel Dieu transmet son message aux hommes.
[4] Théologien qui enseigne des catéchumènes.

Ruth-Annie Mampembé-Coyault Copy and WIN : http://ow.ly/KNICZ

 

KILOMBO Chants et théologie

Récepteur : Auguste KOUSSINGUISSALangue : beembeAnnée de réception : inconnueInterprète : inconnu 1) Mbau mu Sodomo na ngundu-ngundu [1] Le feu s'est abattu sur Sodome comme l'éclair (comme la pluie ?)

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