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          Hier 15 novembre 2013 pendant la soirée de clôture du colloque "Sony Labou Tansi en scène(s)" au Conservatoire national supérieur d'art dramatique (CNSAD) de Paris, salle Louis Jouvet, nous avons assisté à partir de 18heures 30, à la mise en scène des textes de l'écrivain congolais Sony Labou Tan'si. Les élèves du Conservatoire dirigés par Dieudonné Niangouna et Jean-Damien Barbin ont interprété des textes de Sony Labou Tans'i puisés dans le livre L'acte de respirer et 930 mots dans un aquarium ». A ma gauche étaient assis le comédien Gabriel Kinsa, à ma droite les comédiens Gilbert Nsangata et Basile Mbemba. Ce dernier avait recueilli les premiers manuscrits de Sony Labou Tansi pour les soumettre à l'épreuve du dramaturge Sylvain Bemba (Sic). Gilbert Nsangata me rassure. La première pièce est extraite de Antoine m'a vendu son destin. Bon dieu, Je ne l'ai pas reconnue. Quelle honte ! Cet extrait de jeu n'a rien à voir avec l' intégralité de la pièce jouée par Le Rocado Zulu Théâtre de Brazzaville dans les années 1986 au théâtre des champs élysées à Paris.

                  Le jeu d'hier fut une interprétation libre. Le metteur en scène peut se le permettre. A la deuxième pièce j'ai sursauté. Quelle gifle !  C'est pas du Sony Labou Tans'i. C'est peut être du Emmanuel Dongala dans Jazz et Vin de palme. Lui au moins a assisté aux concerts de John Coltrane aux USA. Le Sony que j'ai connu, n'aimait pas tant le jazz. La rumba oui, mais pas un fin connaisseur du jazz jusqu'à jouer Le OM de John Coltrane (1). Eh vlan, c'est la faute à Niangouna Dieudonné. Les jeunes élèves comédiens du conservatoire ont été entraînés dans ce monde de Jazz de John Coltrane, de Art Ensemble of Chigaco ou de Sun Ra Arkestra pour mieux saisir la substance du message de Sony Labou Tansi. Mais quel message ? Celui des damnés de la terre. Sony Labou Tansi est né en 1947 à Kimwenza un camp de réfugiés congolais brazzavillois victimes de persécutions coloniales. Kimwenza est un site ontologique. Le quartier kimwenza est situé dans la commune de mont-ngafula, sur les collines de l'ouest de la ville de Kinshasa. Le quartier kimwenza est délimité au nord par le quartier cité verte, à l'ouest par la localité de Tshilombo, à l'est par le quartier kindele et au sud par la ferme Takizala.Divisé en huit localités, le quartier compte deux grandes avenues, celle de kimwenza et l'autre venant du triangle de la cité verte et 46 rues. Kimwenza voit l'érection dès 1954, d'un institut de philosophie et d'une université. L'Institut de Philosophie Saint Pierre Canisius de Kimwenza fut fondé en 1954 comme scolasticat de la Compagnie de Jésus en Afrique Centrale. Il était destiné à la formation philosophique des étudiants jésuites. En 1976, l'Institut est affilié à la Faculté de Philosophie de l'Université Pontificale Grégorienne de Rome par décret n° 1262/76/9 de la Sacrée Congrégation pour l'Education Catholique. Il décerne depuis lors le diplôme de « Baccalaureatus in Philosophia ».

 Historique de la Faculté


L'Institut de Philosophie Saint Pierre Canisius de Kimwenza fut fondé en 1954 comme scolasticat de la Compagnie de Jésus en Afrique Centrale. Il était destiné à la formation philosophique des étudiants jésuites conformément au programme triennal en vigueur dans toutes les institutions jésuites de philosophie à l'époque.

http://www.canisius-kimwenza.org

 

L'Université Lovanium a été fondée en 1954 par l'Université catholique de Louvain (UCL), située enBelgique, Elle fut iintégrée dans l'Université nationale du Zaïre en 1971-1972. L'actuelle Université de Kinshasa est l'héritière de Lovanium. Situé à une douzaine de kilomètres au sud de Léopoldville au Congo Belge, le campus de Lovanium de 270 hectares occupe la crête d'une colline sur le plateau de Kimwuenza, 

Quand le camp Kimwenza fut complet, une deuxième vague de réfugiés fut installée à Kangambunzu. Ces réfugiés du Congo français sont des Kongo. Ils furent confinés dans ces camps pour ne pas les mélanger aux autres Kongo du Congo Belge pour prévenir des influences préjudiciables à la colonisation belge. Kimwenza et Kangambunzu furent des banlieues de Léopoldville, capitale du Congo Léopoldville. Ce théâtre de Sony Labou Tansi revisité par Dieudonné Niangouna n'a rien à voir avec la logique inhérente au théâtre classique avec son syllogisme : "Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel".

                Hier Dieudonné Niangouna a dépassé cette logique. Il a expérimenté tour à tour, Le Tombeau transparent de Léopold Congo Mbemba, le monument de la Porte de L'enfer d'Auguste Rodin, La Divina Commedia ou Divine comédie de Dante Alighieri, La fin de Satan de Victror Hugo ; mais surtout OM de John Coltrane. Dieudonné Niangouna l'a reconnu. En voulant interpréter à sa façon Sony Labou Tansi, il est tombé sur un attracteur étrange, le OM de John Coltrane. C'est comme si le jeune metteur en scène voulait reproduire des concerts de Art Ensemble of Chigaco ou de Sun Arkestra auxquels il avait assisté alors il n'était pas encore né ! Il s'agit ni plus ni moins d'une métempsychose à laquelle fut déjà saisi Léopold Congo Mbemba lorsqu'il écrivit d'un seul trait Le Tombeau transparent. En psychanalyse la métempsychose est une transmigration des âmes des corps ensevelis pendant des évènements tragiques, des guerres sanglantes par exemple, dans l'âme du poète, de l'écrivain , du metteur en scène. Et voici comment il définit Le tombeau transparent dans l'avant dernier verset du dernier poème :

 

Les cœurs que nous avons enterrés vivants

battent encore,

-et saignent.

C'est leur sang

qui nous rend visite.

LC, Mbemba, p. 91).

 

        Nous pouvons donc avancer sans nous tromper. Dans son poème, Le tombeau transparent, Léopold Congo Mbemba pose le problème de l'immortalité de l'âme. Le théâtre de Dieudonné Niangouna revisitant hier soir L'acte de respirer et 930 mots dans un aquarium de Sony Labou Tansi fonctionne sous une logique des parallèles. Le poète Birago Diop en lançant sa proposition ,

 « Les Morts ne sont pas morts » (Bafua ka ba fua ko)

 a jeté les fondements de cette logique inédite.

Le champ sémantique d'où provient la proposition de Birago Diop est la contreproposition parallèle,

 Les vivants ne sont pas vivants, comme les morts ne sont pas morts »

(Bamoyo ka bena bamoyo ko, bosi Bafua ka ba fua ko ).

 La proposition directe in absentia de cette contreproposition est

 « Les morts sont vivants, comme les vivants sont morts »

(Bafua ba moyo bena , bosi Bamoyo ba fua bena).

 Entendons par la proposition, Les morts ne sont pas morts, les morts existent dans notre conscience, Nous ne les avons pas oubliés de notre mémoire. Nous exprimons ainsi l'immortalité de l'âme. Quant aux vivants, ils sont morts, c'est-à-dire, des astres éteints (Léonora Miano), amorphes.

 

1. John Coltrane, OM, 1965, Impulse. Avec McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Donald Garrett, Elvin Jones, Joe Brazil, Pharoah Sanders.