ETHIOPIQUES N°90 (1ER SEMESTRE 2012) : APPEL À CONTRIBUTIONS

Thème : Penser et représenter l’ethnie, la région, la nation

 

En littérature

 

Ethnie, région et nation sont des concepts chargés de valeurs et de passions, aux contours sémantiques imprécis et fluctuants, qui comportent une part d’aléatoire et d’ambigüité due à leur origine, au flottement méthodologique qui les constitue ou les fait évoluer, et à la diversité historique et culturelle de leurs champs d’applications. Concepts problématiques qui enveloppent des enjeux multiples et complexes, qui ont trait au territoire, à la langue, la mémoire, l’organisation sociale et politique, la tradition littéraire, la culture et l’identité.  Que deviennent ces concepts et surtout les réalités qu’ils recouvrent au moment où les Etats et les nations voient leurs  contours  historiques et idéologiques ébranlés par le mouvement de globalisation des échanges qui s’accompagne paradoxalement d’un regain exacerbé des revendications locales ?

Les États nationaux africains héritiers des découpages coloniaux, sont  ainsi exposés à de fortes dérégulations et à de graves turbulences et, du coup, soumis à rude épreuve, par la montée en puissance de l’affirmation des particularismes ethniques et des revendications identitaires. Il s’agit d’interroger l’histoire et l’actualité de ces concepts afin d’examiner la redistribution problématique des rapports entre ces termes, les tensions qui se nouent entre les conditions objectives et les expériences subjectives, tout en prenant en compte les dimensions locale, nationale et transnationale. Il faudra notamment prendre en compte les fractures et les forces qui assaillent et traversent l’espace tout le long de l’histoire, mettant en tension la formation d’un ensemble de type national et régional d’une part et l’affirmation d’identités ethniques ou locales  particulières, d’autre part.

Dans quelle mesure peut-on questionner en termes renouvelés les concepts d’ethnie, de région et de nation, non pas comme des catégories fixes mais comme des processus dynamiques et changeants de négociation  et de renégociation des identités collectives ? Comment les concevoir comme  des stratégies qui mettent en jeu divers moyens discursifs, des rituels, des interactions et des confrontations entre groupes qui redéfinissent les frontières symboliques, s’alimentent à un récit d’origine , avec héros fondateur et signes d’appartenance, avec comme effet de nouvelles assignations identitaires, sur fond de luttes politiques, de redistribution des richesses économiques, et de reconfigurations territoriales ?

Ce numéro invite à renouveler l’appréhension des réalités ethniques, régionales et nationales, à les mettre en perspective dans le contexte actuel de globalisation, pour en saisir les effets mais également pour analyser les expressions esthétiques et les démarches créatrices quelles suscitent.

Les contributions tenteront de mettre en lumière, en les cernant dans leur complexité et leur densité, ces nouveaux modes de vivre et de dire l’être ensemble, les nouveaux mécanismes à l’œuvre dans la délimitation des appartenances collectives et les horizons esthétiques qu’ils façonnent  et qui contribuent, en retour, à façonner  la conscience collective.

 

AXES LITTERATURE

 

- Dans quelle mesure l’ancrage dans une aire ethnique, régionale ou nationale détermine t- elle les spécificités de l’écriture, et quelles en sont les incidences sur l’économie, l’organisation narrative et les enjeux de l’œuvre ?

- Quels sont les modes d’inscription des appartenances collectives dans la production et la réception des œuvres ? Quel est leur impact sur les stratégies narratives ? Quels en sont les prolongements et les résonances ? 

- Comment les auteurs interprètent, négocient, brouillent, voire déconstruisent-ils ces repérages identitaires ? 

- Quelle part l’écriture prend-elle à l’expression de ces affirmations identitaires, à la mise en récit de l’exacerbation de ces revendications et de leurs corollaires, violences, exclusions, irrédentismes et sécessions ?

- Quel est, au contraire, le traitement thématique et narratif de ces nouvelles expériences de coexistence, de cohabitation et de compromis qui, au rebours des antagonismes divers, transforment les frontières en interfaces et convertissent les logiques de rupture en dynamiques d’intégration ?

 

AXES PHILOSOPHIE

 

- Montrer que le soubassement des guerres interethniques n’est autre que les revendications d’une certaine autonomie ou indépendance (Biafra, Sud Soudan, nord Mali, Casamance, RDC,…) surtout si l’on pense que la nation, comme le dit Van Bléma, « est un groupe d’hommes politiquement unis de fait et de volonté » et qu’ « il n’y a nation au sens plein du terme que là où ces deux conditions sont réunies ».

- Pour dépasser la dérive nationaliste, ne faut-il pas encourager les discours en faveur de la tolérance interethnique ?

- Quelle est la dynamique, qui, en Afrique, a vu l’émergence de l’Un à partir du Multiple ? D’une ethnie à partir de la rencontre d’autres ethnies ?

- Comment repenser nos États-nations à partir de certaines grandes philosophies de l’Histoire ?

- Comment penser la région ou la nation à partir des particularités ethniques ?

- Nos territoires actuels sont-ils fiables en rapport avec les ethnies qui les peuplent ?

- Peut-on définir une ethnie uniquement dans une aire régionale ou nationale quand on sait que  certaines ethnies comme les Peuls sont presque partout en Afrique : au Niger, au Nigéria, au Sénégal, au Tchad, en République Centrafricaine, au Soudan, en Guinée, au nord du Cameroun ?

 

AXES ART ET ESTHETIQUE

 

- Peut-on tracer des frontières ethniques, nationales ou régionales à la production artistique ? Comment penser l’art et l’identité culturelle, l’art entre centre et périphéries ?

- L’art peut-il être un instrument d’unité nationale ou régionale ? Peut-il être un moyen de construire une culture « universelle » ?

- L’artiste ne s’inscrit-il pas dans un contexte national ou régional qui conditionne les critères esthétiques et les modes de reconnaissance de son art ?

- Montrer que les échanges et les emprunts de styles artistiques s’accélèrent et s’amplifient aujourd’hui, de telle sorte que les particularités artistiques ethniques, régionales ou nationales disparaissent et se transforment.

- Aujourd’hui, même avec la mondialisation, on s’intéresse plus à l’origine identitaire ou ethnique des artistes qu’à leur appartenance à tel ou tel tendances artistiques et esthétiques. Les imputations ethniques, nationales ou régionales n’enferment-elles pas les créateurs dans un « ghetto artistique » et ne constituent-elles pas pour les artistes des conditions de reconnaissance difficiles et ambiguës ?

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Les propositions seront reçues jusqu’au 15 janvier 2013 à 

-          senghorf@orange.sn

-          bachir@refer.sn

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IMPORTANT : les auteurs sont priés de respecter les normes de présentation d’Ethiopiques (voir revue en ligne : www.refer.sn/ethiopiques)