senghor

 

pour un orchestre de jazz : solo de trompette

[...]

New York ! je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang
Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie
Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.
Voici revenir les temps très anciens, l'unité retrouvée la reconciliation du
Lion du Taureau et de l'Arbre

L'idée liée à l'acte l'oreille au coeur le signe au sens.
Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux
de mirages. 
Et nul besoin d'inventer les Sirènes.
Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'Avril
Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa
le ciel et la terre en six jours.

Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre. 

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L. S. Senghor, Poèmes
("Tropiques", p. 113, Seuil).