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De : brice arsene mankou <bamankou@yahoo.fr>
À : "bazengui@ehess.fr" <bazengui@ehess.fr>
Cc : "edpaari@yahoo.fr" <edpaari@yahoo.fr>
Envoyé le : Mercredi 29 août 2012 21h28
Objet : A Lire, l'Afrique des banlieues dans la Semaine Africaine

Bonsoir Ya Ganga,
Vous trouverez, ci- joint l'article sur le livre paru dans la semaine Africaine de ce jour:
Livre: Michel Agier et Rémy Bazenguissa Ganga publient: «L’Afrique des banlieues françaises» PDF Imprimer
Mardi, 28 Août 2012 10:03
Rémy Bazenguissa Ganga.
Michel Agier.
Sept ans après ce que les médias français ont appelé «la crise des banlieues», deux sociologues africanistes publient un ouvrage collectif au titre provocateur: «L’Afrique des banlieues françaises». Il s’agit de Michel Agier et de Rémy Bazenguissa Ganga, du Centre d’Etudes Africaines de l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). Cet ouvrage collectif a été publié aux Editions Paari, dans la Collection Groupe d’Etudes et de Recherches sur la modernité (GERMOD) dirigée par le Professeur Abel Kouvouama de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, et David Mavouangui, du département de philosophie de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Il analyse les différentes interprétations qui ont fait suite aux émeutes de 2005, en y déconstruisant le caractère raciste qui a marqué les discours politiques de ces évènements sociaux.
Le livre est subdivisé en trois principales parties. Une première qui retrace l’historicité des exclusions à travers le discours français d’intégration. Une seconde qui analyse les questions liées à l’identité et la citoyenneté dans les banlieues françaises. Une dernière partie qui présente un débat actuel sur la race, le post-colonialisme et la démocratie.
C’est suite à une table ronde tenue en mars 2006 qui avait été consacrée à la place de l’Afrique dans les banlieues françaises, que cet ouvrage a été publié. Déjà, en 2006, cette table ronde affichait une ambition légitime, à travers une problématique qui en dit long, à savoir: «Comment peut-on comprendre la violence à partir des discours racialisant?»
Comme le souligne Michel Agier, cette table ronde sur l’Afrique des banlieues n’avait qu’un objectif: contribuer à un débat actuel sur la place des Afriques dans le monde et celle de ce continent dans les banlieues françaises.

1- Un essai provocateur et anti-raciste

Le titre «L’Afrique des banlieues françaises» peut paraître comme une provocation à l’égard des politiques qui ont toujours considéré l’immigration africaine comme un poids et non comme une chance pour la France. Ces politiques, lors des émeutes de 2005, avaient stigmatisé les banlieues, en les assimilant à des ghettos où vivent des «racailles» destinées à être nettoyées au «Kärcher». Les banlieues, selon ces politiques, sont considérées comme des zones de non droit où vivent des «enfants illégitimes» de la République, terme du sociologue Abdelmaleck Sayad et repris par Isabelle Coutant dans cet ouvrage. Dès lors, l’amalgame entre l’immigration, jeunes des banlieues était énorme. Creusant ainsi un fossé entre le «Nous» et le «Eux», entre ceux qui sont «d’ici» et ceux qui viennent «d’ailleurs», entre les Français dits de souche et les Français dits d’origine.
L’Afrique des banlieues françaises se situe aux antipodes d’un racisme primaire érigé en opinion, lors de ces émeutes, qui consistait à penser que tous les émeutiers étaient des Africains, qui sont violents, parce que originaires des pays réputés instables.
Cet essai est une critique anti-raciste sur les modes français de penser et de produire l’altérité.
C’est ainsi que Michel Agier, dans son introduction, tente de revisiter cette manière bien française de penser l’altérité. Il évoque, à travers les changements culturels, les formes particulières du racisme de la pensée raciale dans l’histoire et l’actualité françaises, à travers cette phrase qu’il rapporte dans son ouvrage: «[…] Après «ce qui s’est passé» dans les banlieues populaires de France, en novembre 2005, on n’a plus vu les banlieues comme avant, on n’a plus vu les «jeunes» ou les «noirs» comme avant, ce qui veut dire qu’il s’est passé quelque chose […]»(i).
La vérité, c’est que la France a du mal à assumer son histoire avec l’immigration, surtout celle issue de l’Afrique subsaharienne. Ce qui peut justifier certains dérapages verbaux des politiques français, y compris au plus haut sommet de l’Etat, qui affiche, selon Michel Agier, «un racisme décomplexé» et même assumé. C’est le cas du fameux discours de Dakar(ii).
Pour Michel Agier, ce discours «n’est pas seulement contre l’Afrique, il est aussi contre les Africains en France, et même contre la France africaine, et ce qu’elle signifie de solidarité et de diversité… »(iii). Le discours de Dakar reflète, à bien des égards, la politique qui a toujours caractérisé le discours raciste sur l’immigration. C’est ce que dénonce l’historien africaniste Achille Mbembé, en ces termes: «[…] Comment se fait-il que celui qui, en France, promeut un type de relation entre l’identitaire et l’Etat si proche de l’idéologie de Vichy et qui n’hésite pas à la tentation de mobiliser la xénophobie anti-arabe et africaine contre les «immigrés» et les jeunes des banlieues soit le même qui vienne nous administrer des leçons d’universalisme dans l’enceinte d’une université dédiée à un savant qui aura passé toute sa vie à défendre la cause des Africains […]».
En France, on se souvient, également, de la création du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et des controverses qui ont suivi le débat sur l’identité nationale. La France, jadis terre d’immigration, serait-elle en train de devenir terre de xénophobie et de racisme?

2- Un livre qui promeut le vivre ensemble

Dans l’analyse faite par Isabelle Coutant sur la question de savoir si les jeunes issus de l’immigration sont des enfants illégitimes de la République, il ressort que le sentiment d’illégitimité que les jeunes issus de l’immigration n’est pas ressenti de la même manière par les jeunes garçons que par les jeunes filles. D’où l’impression d’avoir érigé, en France, ce que Mahamat Timera appelle «l’empire des catégorisations ethnico-raciales et ethnico-religieuses» qui serait l’antithèse du vivre ensemble. Le vivre ensemble ne peut se comprendre que dans la mesure où la question migratoire et celle de la production de l’altérité sont traitées sans a prioris fantasmagoriques visant une diabolisation de la diversité ethnique.
Dans cette perspective, Rémy Bazenguissa Ganga et Achille Mbembé rappellent les grandes étapes des mobilités africaines. Selon Rémy Bazenguissa Ganga, «deux phases dont le basculement s’opère autour des années 70-80, ponctuent la présence des Africains en France. L’une «scolaire», s’alignait, grâce à un système d’allocation, de bourse, sur les politiques de consolidations des Etats coloniaux par le transfert de la gestion du pouvoir aux autochtones… L’autre, de travail, profita, principalement, aux ressortissants d’Afrique de l’Ouest et était alimentée par les dynamiques propres à ces sociétés où partir loin du pays recelait une dimension initiatique […]»
Quant à Achille Mbembé, «il faut absolument replacer la question de la présence africaine ou des gens d’origine africaine en France, dans une histoire longue, antérieure à la colonisation et qui se confond, dans une large mesure, avec l’histoire complexe des rapports entre race, citoyenneté et liberté dans le contexte français».
Le vivre ensemble passe, également, par une reconnaissance d’une identité hybride qui considère que ces jeunes sont d’ici et d’ailleurs et que certains parmi eux sont nés Français et que la France est leur patrie.

3- Le livre critique sur les théories coloniales et afro- pessimistes

Les discours racistes qui ont fait des amalgames entre les violences urbaines de 2005 posent la question des théories coloniales et afro-pessimistes qui se sont installées facilement dans le paysage idéologique français.
Faisant une lecture critique des thèses post-coloniales, Rémy Bazenguissa Ganga revient sur le passage du Nègre au Black, en indiquant: «[ …] La mondialisation a entraîné un ensemble de transformations qui a fini par dépouiller de leur pertinence l’image de la société et les modèles d’analyse adaptés aux structures et organisations stables». Cette mondialisation fait naître une France multicolore(iv), hybride où les théories coloniales et afro-pessimistes ne devaient plus avoir droit de cité. Force est de constater, en observant la France d’aujourd’hui, qu’elle est métissée, au point de parler de «French black» et de «black French» pour les enfants nés en France de parents d’origine africaine. Les jeux olympiques de Londres  en sont une  parfaite illustration car,  quand retentit «La Marseillaise», à l’occasion de la remise d’une médaille à un athlète français comme Ladi Doukouré ou Wilfrid Tsonga, on ne demande pas d’où viennent ses parents, d’où est originaire cet athlète.
Il est clair, comme le souligne Elikia Mbokolo, «ce qui se pose, désormais et d’une manière relativement nouvelle en France, est la question de la place de l’Afrique dans les banlieues et dans la société françaises».
Si cet essai apparaît comme provocation, au regard de son titre, il présente, néanmoins, un certain avantage et un avantage certain: c’est que les thèses coloniales et colonialistes reprises en chœur par certains politiques français ne résisteront plus, désormais, à une vérité historique, à savoir: «L’Afrique est le berceau de l’humanité» et qu’à ce titre, nous sommes tous descendants de ce continent maltraité à coup d’idéologies racistes et colonialistes.
Soulignons que Michel Agier est anthropologue et directeur d’études à l’EHESS, ainsi que directeur de recherches à l’IRD, membre du Centre d’Etudes Africaines (EHESS-IRD) dont il a été le directeur, de 2004 à 2010.
Rémy Bazenguissa Ganga est professeur de sociologie à l’Université de Sciences et Technologies de Lille1, membre du laboratoire Clersé (CNRS-UMR 8019) et chercheur associé au Centre d’Etudes Africaines (EHESS-IRD)

Brice Arsène MANKOU
PhD en sociologie des migrations
Université de Lille1, CLERSE, UMR, CNRS 8019

Pour commander  l’ouvrage,
écrire à: Editions Paari
83, rue de Reuilly
75012 Paris
Notes:
(i) Michel Agier, Relégation, racisme, démocratie: questions d’ici et d’ailleurs, p.9
(ii) Discours de Dakar à été prononcé par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République française, le 26 juillet 2007, à l’Univeristé Cheick Anta Diop de Dakar.
(iii) Lire Michel Agier, «L’Afrique en France après le discours de Dakar», in Revue Vacarme N°42 paru en 2008.
(iv) Lire Brice Arsène Mankou, Pour une France multicolore, éd. Cultures Croisées, 2005, 161 p.