Furthermore, we caution that Nafissatou Diallo is the pen name of the Senegalese writer Aissatou Niang - Diallo (1941-1982). We reproduce an extract from a  Alpha Noël Malonga's text where he analyzes the relationship between sexuality and political power in the novel Nafissatou Diallo, Le Fort Maudit.
Au demeurant, nous tenons à préciser que Nafissatou Diallo est le nom de plume de l'écrivaine sénégalaise Niang Aïssatou - Diallo (1941-1982). Nous reproduisons l'extrait d'un texte d'Alpha Noël Malonga où il analyse les rapports entre la sexualité et le pouvoir politique dans le roman de Nafissatou Diallo, Le Fort Maudit.

[...]

DialloFortDans l'univers imaginaire des romancières, le rapport du politique au corps féminin s'inscrit dans le cadre de la tyrannie. De ce fait, le corps féminin par sa fonction de corrupteur, participe de la dénonciation du désordre du macrocosme étant donné que ce corps est pour le politique le reflet concret du pouvoir destructeur. Ce désordre est manifeste dans Le Fort maudit de Nafissatou Diallo. Dans ce roman, le Fort imaginé par l'écrivaine est un lieu où les statuts de détenus féminins et des représentants des appareils politiques donnent lieu à une complète confusion. Lecorps féminin parvient à accomplir la fonction d'intervertisseur de statuts. La femme-esclave, Faboye, passe du statut de servante à ceux de maîtresse et de privilégiée alors que le représentant de l'institution politique, un homme, est réduit au rang de serviteur :

"Détié (un garde) jeta son dévolu sur la plantureuse Faboye, aux fesses épanouies, à la poitrine opulente. Contrairement à ses camarades, elle appréciait les plaisirs de la chair [...]" La vie est courte, disait-elle. L'avenir, Dieu seul le sait. Je prends le plaisir où je le trouve". En bons termes avec les gardes, elle bénéficiait des repas succulents, d'étoffes, parfois des bijoux" (Diallo, 1980, p. 113).

La prostitution dans le processus de la corruption du politique investit la femme des pouvoirs de celui-ci. Car plus le politique jouit du corps corrupteur  de la femme, plus la femme acquiert de l'influence et de l'importance dans la société. Si la corruption par le corps est un agent propulseur pour la femme, elle est, pour le politique, un instrument de la déconstruction de son pouvoir et de sa probité. Dans l'univers imaginaire de Nafissatou Diallo, le politique se réduit au rang d'esclave de l'organe sexuel féminin et donc, par extension, de la femme. Ainsi, Anne Marie Dardignon a raison lorsqu'elle conclut : "Il est donc vrai [...] que l'excès sexuel devient subversif pour l'ordre dominant" (Dardigna, 1980 : 146). Chez nos romancières, l'excès sexuel est pratiqué par les personnages féminins de connivence avec les personnages politiques qui, eux, sont masculins et constituent "l'ordre dominant". L'excès sexuel les discrédite. Au dela du discrédit simple, toujours chez Nafissatou Diallo, le corps de la captive est un agent liquéfacteur et castrateur. Il est aussi une arme d'anéantissement du politique et de tout corps politique :

"Soukabé Latyr Ndiaye (Bottes rouges) faisait sa ronde habituelle. A son passage Thiane se retourna, découvrant davantage sa nudité et l'homme pris au piège, se mit à balbutier : Vi...Vi...viens...vi...te ! viens de suite...m'enlever les bot...tes. Je t'attends dans ma case" (Diallo, 1980 : 109). 

Le corps de la femme détourne le politique de sa mission. Il destructure un corps politique dans sa cohésion. Car le corps ne sert que les intérêts individuels. Donc l'individualisme détourne le politique de ses devoirs. Notre constat force une incursion dans l'oeuvre de Shakespeare, notamment en ce qui concerne le destin du héros. Celui-ci abandonne le service étatique au profit et à cause du corps féminin. A propos des personnages d'Antoine et de Cléopâtre, et de Carolian et d'Othello [...]

 

Alpha Noël Malonga, "Ecriture féminine, corps féminin et éthique politique", in Ethique et Politique, Paris, Paari, 2004, p. 164.

 Nafissatou Diallo, Le Fort maudit. Paris: Hatier, 1980.