We reproduce an extract from a lecture given by the literary critic Noel Malonga Alpha at the University of Marien Ngouabi Congo - Brazzaville during the fifth week of Congolese philosophy. He treated the relationship between political power and the female in the novels of African writers. Musicians acting as sociologists have declaimed in Lingala: "Makambo mibale ebomi mokili mobimba : liboso nde likambo ya falanka, ya mibale nde likambo ya basi. Baninga botiya matoyi" (Two questions torment mankind, the monetary issue and the question of women. My dear, let's be careful).

Nous reproduisons l'extrait d'une conférence prononcée par le critique littéraire Alpha Noël Malonga à l'université Marien Ngouabi du Congo-Brazzaville lors de la cinquième semaine congolaise de philosophie. Il traitait des rapports entre le pouvoir politique et le sexe féminin dans les romans des écrivaines africaines. Des musiciens faisant fonction de sociologues ont déclamé en lingala : "Makambo mibale ebomi mokili mobimba : liboso nde likambo ya falanka, ya mibale nde likambo ya basi. Baninga botiya matoyi" (Deux questions taraudent l'humanité, la question pécuniaire et la question de la femme. Mes chers, soyons attentifs).

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Dans le domaine politique, le corps féminin, agent de prostitution, est un instrument destructeur d'un régime politique ; il érige la femme en être dominateur sur le politique. Dans le même élan, Mégri, la narratrice de Seul le diable le savait exprime son apitoiement, son ironie et sa satisfaction après la corruption, à travers le sexe, du personnage du chef traditionnel de la communauté de Wuel par le personnage de sa mère :

" Le soleil était à son zénith lorsque le chef, une main tenant un bâton l'autre épouillant ses testicules, brindilles de paille dans ses cheveux en poils de caniche, fit son apparition, suivi de ma mère. Il ne fallait pas être très observateur pour constater qu'elle venait de lever les étoiles dans les reins du chef. Grand-Maman disait qu'avec ses fesses elle pouvait renverser le gouvernement d'un pays. Je pensais que Dame maman aurait pu changer l'ordre international" (Calixte Beyala, Seul le diable le savait, p. 156).

La capacité pour la femme, par le biais de son corps, de "renverser le gouvernement d'un pays" et de " changer l'ordre international" conforte le projet de l'écrivaine féministe de proclamer la fragilité de l'homme, donc la supériorité de la femme vis-à-vis de l'homme. Le choix du champ politique n'est qu'un prétexte. Cette supériorité féminine se manifeste à partir de l'instant où la pratique du pouvoir est dissociée de l'éthique, lorsque pouvoir et libido se confondent. Dans Seul le diable le savait, les rapports sexuels qu'entreprennent les personnages de Bertha Dame maman et du chef ont lieu avant que celui-ci ne rende un jugement normalement contre Bertha Dame maman. Après les rapports sexuels, le chef rend le jugement en faveur de Bertha. La conséquence immédiate de la corruptibilité et de la corruption du politique est l'affaiblissement voire la perte de son autorité. L'état de corrompu de l'homme politique qu'engendre le corps de la femme est une expression de l'inconséquence de l'homme, c'est-à-dire de son dérèglement. La supériorité avérée de la femme et l'affaiblissement de l'homme politique deviennent ainsi révélateurs du délabrement et de la perte de la dignité masculine, et un questionnement sur l'avenir du macrocosme donc du monde. Toutefois, la castration de l'homme se perçoit comme la preuve de l'énergie et du pouvoir de la femme. Megri commente :

 "Mais il fallait bien l'admettre : son corps (de Bertha) si souple, si noir, le chef l'avait touché, le chef, c'est-à-dire "L'homme qui est". Je portai de nouveau mon regard sur les hanches de ma mère, je compris que son drame était d'être femme, mais être femme lui conférait son invulnérable puissance "(idem).

L'expression "invulnérable puissance" renforce le caractère plausible du pouvoir de la femme à travers son corps. Une des finalités d'un tel pouvoir est la damnation du politique et, par extension de l'homme. Dans ce même ordre d'idées, Graham Robb, dans un article consacré au recueil de poèmes de Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, constate que "même ceux qui n'aiment pas la femme se damneraient pour cette sorcière" (Robb, 1992 : 77)".

Alpha Noël Malonga, "Ecriture féminine, corps féminin et éthique politique", in Ethique et Politique, Paris, Paari, 2004, p. 162-163.

BEYALA Calixthe, Seul le Diable le savait, le Pré aux Clercs - Paris - 1990.