"C'est la première fois qu'elle assistait proprement dit à une danse traditionnelle noire. Pour elle, l'ambiance était étrange, exotique, mais agréable, envoûtante. Le crépitement des tam-tams retenait le rythme. Grelots et sifflets accompagnaient ces tam-tams. Les musiciens et les danseurs chantaient tous ensemble répétant une seule phrase que le rythme empêchait d'être monotone. 

Les danseurs se tenaient en deux rangées parallèles ; les femmes dans l'une, les hommes dans l'autre. Le tronc presque immobile, seuls les hanches et les pieds bougeaient, pareils à des chenilles en mouvement. Ils dansaient, retenant la chanson à leur bouche et parfois même claquaient les mains ou bien lançaient des cris stridents. Plusieurs fois de suite les deux rangées s'engageaient l'une contre l'autre l'autre et le spectacle devenait plus intéressant à la rencontre des deux lignes : l'homme saisissait par le bassin la femme qui se trouvait devant lui, se cambrait et la suite devenait plutôt érotique que spectaculaire; la femme frénétique, égarée dans l'emprise de sonn partenaire, soupirait sous les mouvements excités de l'homme. Satisfaites, les deux rangées se séparaient, reculaient. Les tam-tams battaient, la chanson coulait, la fête continuait... (Zunga Bongolo, L'enfant prodige de Soweto, Dakar - Abidjan Lomé, Les Nouvelles éditions africaines, 1983, p. 14).