Par M'Boka Kiese

1. Introduction.
En langue Akan, Amanié signifie " Quelles nouvelles ". Dans le studio 12 de la télévision ivoirienne Mohamed Diallo présente une émission culturelle nommée Top 365. Le thème de l'émission attenant à ce film télévisé porte sur l'exode rural. Le présentateur demande des nouvelles à Kouassi Kan (Kodjo Ebouclé). Celui ci ne parle pas français. D'origine villageoise, il fut planteur de cacao, de café ou d'autres agrumes de toutes sortes. Poussé par l'exode rural, il vint s'installer en ville, à Abidjan, capitale économique de la Côte-d'Ivoire, avec ces deux femmes. Le présentateur compare les pays sous-développés à une marmite risquant de tarir par désertion des cuisiniers.Notre intérêt pour Amanié ne porte pas sur la vie dissolue de Kouassi Kan, une sorte de Dom Juan ivoirien, personnage principal du film télévisé de l'Ivoirien Gnoan M'bala Roger. Que non !

2. Abstract.
In Akan language, Amanié means " What news ". In the  studio 12 of television of the Ivory Coast, Mohamed Diallo presents a named cultural broadcast Top 365. The subject of the emission adjacent to this broadcast film concerns the drift from the land. The presenter requests news from Kouassi Kan ( Kodjo Ebouclé). This one does not speak French. Of rustic origin, he was a planter of cocoa, cafe or other citrus fruits of all kinds. Pushed by the drift from the land, he came to settle down in city, in Abidjan, economic capital of Côte d'Ivoire, with these two women. The presenter compares underdeveloped countries with a pot risking to dry up by desertion of the cooks. Our interest for Amanié does not concern the loose life of Kouassi Kan, a sort of Dom Juan inhabitant of the Ivory Coast, central figure of the broadcast film of the native of the Ivory Coast Gnoan M' bala Roger. That not !

3. Synopsis.
Le paysan Kouassi Kan s'adapte rapidement à la vie abidjanaise. Il s'installe dans un quartier populaire d'Abidjan. Il trouve du travail en qualité de manutentionnaire au port d'Abidjan. Il veut mener une vie paillarde, mais sans le sou, avec deux femmes à sa charge. Il doit sortir chaque soir pour s'amuser, danser, boire, manger au restaurant, se promener en voiture. Il rencontre une secrétaire de direction, Nicole Adjoua. Il se présente auprès d'elle comme Attaché de cabinet au ministère du Plan. Pour assurer ses rendez-vous avec Nicole, il emprunte mille francs CFA à son collègue Bakari. Après dévaluation du franc CFA, cette somme correspond à environ 1,52 euros. Pendant la conversation il raconte des histoires à dormir debout à Nicole. Par exemple, " Il fut étudiant en droit dans une université parisienne. Il avait mené une belle vie à Paris avec des blondes." Tout menteur vit aux dépens de son interlocuteur. Nicole raffole ces histoires. Elle est comblée de bonheur et tient à le partager avec sa meilleure copine Véronique Mahile. Au téléphone, elles savourent ensemble cette heureuse rencontre. Kouassi Kan promène Nicole en taxi. Sa prétendue voiture est tombée en panne. Pour la retirer du garage, il doit payer une facture de vingt mille francs CFA (30,49 euros). Nicole lui prête volontiers cette somme. Puis trente mille francs CFA (45,73 euros), car la voiture n'est pas toujours réparée. Bakari, son collègue de travail le menace ; il ne lui a pas toujours remboursé ses mille francs. Il emprunte deux mille francs (3,05 euros) chez Mamadou, pour rembourser son créancier Bakari. Kouassi Kan est un petit escroc de droit chemin, un délinquant. Cependant il n'arrivera pas à carambouiller toutes les femmes. Au moment où la morosité, la platitude du personnage semblaient nous ennuyer, survient furtivement dans le scénario, une femme de poigne résistant aux vices de Kouassi Kan. Nous n'avons pas retenu son nom. Nous l'appelerons en langue congolaise, La ndoumba. Plus loin, nous expliquerons le sens de ce patronyme. Cette ndoumba coriace portant de grosses lunettes est à l'image de Kouassi Kan, une parasite de la société ; à la seule différence, elle flambe l'argent des hommes "riches" :

"Grand-maman disait qu' [...] elle pouvait renverser le gouvernement d'un pays. Je pensais que Dame maman aurait pu changer l'ordre international. Oui ! Parfaitement." (Calixthe Beyala, La négresse rousse, J'ai Lu, 1997 p. 171).

Notamment elle semble déplumer les caciques du régime politique, mais pas celui de misérables gens. Kouassi Kan n'est pas de cette pointure. Il n'est pas à la hauteur, car il s'incline à la dernière question de l'interrogatoire auquel il s'est soumis pour étaler ses signes extérieurs de richesse. Nous relatons la conversation :

- Tu as la voiture ?
-
Oui, une Ford ;
-
Tu as la villa ?
-
Oui elle est à Cocody.
-
Tu as la télé ?
-
Oui une Thomson.
-
Tu n'as pas de femmes ?
-
Même pas une fiancée.
-
Tu as le téléphone ?
-
Non.
-
C'est dommage.

Kouassi Kan échouera à conquérir cette femme aguerrie à la jungle urbaine. Cette scène nous replonge dans l'échec de Ngando décrit dans Muna Moto, la fiction du Cinéaste camerounais Dikongue Pipa. Le beau-père de Ndomé avait fixé la dot de sa fille à un niveau trop onéreux, que Ngando ne pût s'en acquitter. Kouassi Kan multipliera ses rencontres. Il se donne pour le neveu du directeur d'une entreprise nommée la COFACI. Il est renvoyé de son travail en qualité d'ouvrier. Il retourne dans son bocage, chez ses femmes auxquelles il réclame à manger. Il traîne une faim depuis deux semaines. Ses femmes restent indifférentes. Il ne les entretient plus. Il devient la risée des jeunes du quartier. Ces derniers l'assomment de quolibets : " Amanié Gora, Amanié Gora...". Il jouit d'une mauvaise réputation dans son quartier. Nicole Adjoua de son côté éprouve des difficultés à joindre son amoureux. Kouassi Kan ne lui téléphone plus. Nicole décide de se rendre au ministère d'Etat du Plan. Kouassi Kan n'y a jamais travaillé. Souvenirs d'une belle vie, mais courte ; Argent prêté, argent extorqué ; Chagrins ; Amertume. Nicole tombera enceinte de Kouassi Kan ; à leur rencontre, Kouassi Kan fuira ses responsabilités et regagnera son village avec ses deux femmes. Un médecin remontera le moral de Nicole.

4. La société de consommation.
Parmi les thèmes soulevés dans Amanié, celui de la société de consommation a attiré notre attention. Le téléfilm Amanié de Gnoan Mbala nous plonge dans l'influence, dans l'occidentalisation à outrance des sociétés africaines. Le train de vie des Abidjanais affiche le luxe des villes européennes. La litanie décrite par Gnoan Mbala, voiture Ford, villa à Cocody, un quartier habité par les gens les plus huppés d'Abidjan, télé de marque Thomson, fiancée, téléphone, porte sur des marchandises. Dans le cas de la société ivoirienne, l'idée de marchandise a été assignée au corps érotique féminin. Le signes extérieurs de richesses dont fait étalage un " prince charmant " pour capturer l'instinct sexuel féminin sont autant d'appâts idéologiques compréhensibles avec le dévéloppement du système marchand hérité par le capitalisme.

5. Fiche technique et artistique.
Scénario et réalisation : Gnoan M'Bala Roger (Côte d'Ivoire), 1972, 16 mm et 35 mm, 35 min, noir et blanc. Interprètes : Eboucle Kodjo (Kouassi Kan) ; Mahile Véronique (Nicole) ; Mohamed Diallo. Image : Zinga Jacques ; Son : Ehoussou Noël ; Montage : Diangoye Ahoussy ; Production : Radio Télévision ivoirienne ; Film en langue française. Référence : Victor Bachy, le cinéma en Côte d'Ivoire, Bruxelles, OCIC, 1982.

Vous pouvez consulter la suite de cet article dans "M'Boka Kiese, L'accumulation récursive du capital, Paris, Revue Paari, vol. 4, 2003-2004, p. 89-110".